25 septembre 2026
Logo de la messagerie chiffrée Signal

Bruxelles remet le scan de vos messages privés sur la table, et Signal menace de partir

Le 29 septembre, les négociateurs européens se retrouvent à Bruxelles pour un sixième round sur le texte que les défenseurs de la vie privée surnomment « Chat Control ». Son vrai nom, c’est le règlement CSAR, censé lutter contre les images d’abus sexuels sur mineurs. L’objectif est louable. Sauf que la méthode envisagée fait bondir à peu près tout ce que l’Europe compte de cryptographes.

L’idée qui coince s’appelle le scan côté client. En clair, votre téléphone analyserait chaque photo et chaque message avant même qu’ils soient chiffrés et envoyés. WhatsApp, Signal, iMessage, Threema : tout ce petit monde serait obligé d’installer une fenêtre sur vos conversations, directement dans l’appli. Le chiffrement de bout en bout resterait techniquement là, mais avec un mouchard posté juste avant. Autant dire qu’il ne servirait plus à grand-chose.

Signal a prévenu depuis longtemps. Sa présidente Meredith Whittaker répète que si le texte passe avec cette obligation, l’application quittera le marché européen. Pas de version dégradée, pas de demi-mesure. « Nous ne compromettrons pas l’intégrité de notre service », dit-elle en substance. Pour une messagerie utilisée par des journalistes, des militants et pas mal de fonctionnaires, ce n’est pas une posture en l’air.

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Côté États, ça tire dans tous les sens. L’Italie, la Pologne et les Pays-Bas poussent pour la détection obligatoire. Neuf gouvernements, qui pèsent près d’un tiers de la population européenne, s’y opposent. Et au milieu, l’Allemagne joue les arbitres avec une position volontairement floue. Comme Berlin représente à elle seule près de 18 % des Européens, son vote peut faire basculer la fameuse minorité de blocage. On en est là : tout un continent suspendu à la décision d’un seul pays.

La présidence irlandaise, qui tient le Conseil jusqu’à fin décembre, a plutôt un historique favorable au scan. Elle a donc tout intérêt à décrocher un accord cet automne, après cinq trilogues qui ont capoté depuis un an.

Pendant ce temps, le régime temporaire actuel, celui qui laisse les plateformes scanner volontairement, court jusqu’en avril 2028. Rien n’oblige donc à trancher dans la précipitation. Mais l’histoire montre que ce dossier revient toujours, sous un nom un peu différent, dès qu’on le croit enterré. Si vous tenez à vos messageries chiffrées, c’est le genre de vote qu’il vaut mieux garder à l’œil.

Crédit photo : Signal (Wikimedia Commons)

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