Les nouveaux modèles d’intelligence artificielle d’OpenAI et d’Anthropic devront d’abord passer entre les mains des Américains. La Maison Blanche a demandé aux deux entreprises de réserver à ses agences les premiers tests de sécurité, avant tout partage avec des partenaires étrangers. Résultat, même un allié aussi proche que le Royaume-Uni doit faire la queue.
La demande viendrait du bureau du directeur national de la cybersécurité. L’idée affichée par l’administration Trump est simple : s’assurer que les systèmes américains sont bien protégés avant de laisser d’autres pays regarder sous le capot. OpenAI et Anthropic étant des sociétés américaines, Washington estime que ses propres agences doivent examiner leurs nouvelles capacités les premières.
Ça complique sérieusement le travail de l’Institut britannique de sécurité de l’IA, une structure créée en 2023 qui teste les modèles pour les développeurs avant leur sortie. Le problème, c’est que cet institut dépend entièrement du bon vouloir des labos : il ne peut intervenir que sur les modèles qu’on veut bien lui confier. Si les Américains passent devant, Londres attend.
Pour comprendre ce que ces modèles savent vraiment faire, et leurs limites, avant d’en débattre :
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Un cas illustre bien la situation. Dans un courrier du 15 septembre adressé au député Liam Byrne, qui préside la commission du commerce, le responsable Henry de Zoete raconte deux histoires opposées. Ses équipes ont pu tester GPT-6 Astra, le modèle d’OpenAI, avant sa sortie publique. Mais côté Anthropic, personne hors des États-Unis n’a eu accès à Claude Mythos 5.1, présenté le 1er septembre.
Ce Mythos n’est d’ailleurs pas un modèle comme les autres. Il partage sa base avec Fable 5.1, plus grand public, sauf que ses protections sont volontairement plus souples pour laisser des chercheurs habilités bosser sur la cybersécurité et la biologie. Autrement dit, des capacités sensibles, que les évaluateurs britanniques ne peuvent pas contrôler par eux-mêmes. Anthropic a limité l’accès à quelques organisations américaines et dit travailler avec le gouvernement pour élargir la liste, sans donner de calendrier.
On peut comprendre qu’un État veuille protéger ses infrastructures. Mais faire patienter les chercheurs chargés justement de repérer les failles de ces modèles, au nom de la sécurité, c’est quand même une drôle de méthode. Ces tests extérieurs apportent un regard indépendant sur des logiciels que leurs fabricants ont tout intérêt à vendre. Et priver les Européens de ces vérifications, même quelques semaines, ne rend pas le modèle moins risqué pour eux.
Crédit photo : Anthropic
