Vous les avez forcément croisées en scrollant : ces séries filmées à la verticale, découpées en épisodes d’une à deux minutes, où un milliardaire tombe amoureux d’une serveuse avant qu’un secret de famille ne fasse tout exploser. Ça s’appelle des micro-dramas, ou duanju en chinois, et c’est devenu une industrie à part entière.
Le roi du genre, c’est ReelShort. L’appli, éditée par le studio chinois Crazy Maple Studio depuis 2022, a passé les 370 millions de téléchargements et encaissé autour de 700 millions de dollars de revenus sur la seule année 2025. Son modèle est simple et assez vicieux : les premiers épisodes sont gratuits, puis il faut acheter des pièces pour débloquer la suite, pile au moment où l’intrigue vous tient. Derrière, DramaBox revendique une cinquantaine de millions d’utilisateurs actifs chaque mois. On est loin du gadget.
Le principe tient en une recette : des rebondissements toutes les trente secondes, des émotions poussées à fond, des décors minimalistes et des acteurs souvent inconnus. Peu importe la qualité, ce qui compte c’est l’accroche. Certains ont comparé ça à du Candy Crush version feuilleton de vampires, et franchement ce n’est pas tout à fait faux.
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Forcément, les grosses plateformes regardent ce marché avec envie. Instagram teste en ce moment un onglet baptisé « Series », réservé pour l’instant à un petit groupe d’éditeurs, qui permet de ranger des vidéos courtes en véritables séries avec saisons et épisodes numérotés. Fini de retrouver un feuilleton éparpillé au milieu du fil Reels : vous suivez l’histoire dans l’ordre, comme sur une appli dédiée. Meta n’a donné ni calendrier de déploiement général ni modèle de monétisation, mais l’intention est claire. TikTok pousse lui aussi le format depuis des mois.
Par chez nous, le phénomène n’est plus confiné aux applis importées. Dès 2024, des médias parlaient de ReelShort comme du « TikTok des séries », et depuis, des productions tournées directement en français apparaissent, en reprenant exactement les codes du genre : le patron tyrannique, l’amnésie opportune, la vengeance servie froide.
Reste une question d’argent. Tout le modèle tient sur ces micro-paiements qui s’accumulent sans qu’on s’en rende compte, et là-dessus, personne n’a encore vu passer le moindre encadrement. À suivre, donc, parce que ce n’est visiblement que le début.
Crédit photo : ReelShort
