Un réseau social qui facture l'avance de quelques millisecondes sur les publications de son utilisateur le plus célèbre, on n'avait pas vraiment vu ça jusqu'ici. C'est pourtant ce que propose Truth Social, la plateforme de Trump Media, avec un produit baptisé Truth API. Une enquête de Reuters publiée le 28 octobre vient d'en dévoiler les clients, et la liste a de quoi faire tiquer.
Truth API, c'est un flux de données automatisé. Au lieu de rafraîchir l'appli comme tout le monde, une entreprise abonnée reçoit directement les messages de dix comptes influents du réseau, dont le profil officiel de Donald Trump, via un canal informatique dédié. Le tout lancé discrètement en juillet 2026.
L'intérêt tient dans un chiffre minuscule : environ 50 millisecondes. C'est l'avance que ce flux promet sur les notifications classiques. Cinq centièmes de seconde, autant dire rien à l'échelle humaine, mais une éternité pour le trading haute fréquence, où des logiciels passent des ordres en millièmes de seconde. Quand un président annonce des droits de douane ou tacle une entreprise sur son réseau, les marchés bougent dans la seconde. Lire le message avant les autres, c'est acheter ou vendre avant les autres.
Reuters a identifié trois gros abonnés : Bloomberg, le fonds Susquehanna International Group et la société de trading Jump Trading. Trump Media avait déjà reconnu en août plus de dix contrats signés, surtout avec des maisons de Wall Street. La facture tourne, selon les cas, entre 60 000 et 100 000 dollars par mois.
Pour comprendre pourquoi 50 millisecondes valent une fortune, le livre de Michael Lewis sur le trading haute fréquence reste la référence.
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Forcément, ça fait débat. Les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Adam Schiff ont demandé à la SEC, le gendarme boursier américain, de se pencher sur la question. Le point qui gêne : la famille Trump détient environ 41 % de Trump Media, et le président en est le seul bénéficiaire. Vendre un accès privilégié à ses propres déclarations publiques, quand ces déclarations font bouger des milliards, ça ressemble beaucoup à une zone grise réglementaire.
Trump Media, de son côté, assume et parle d'un flux institutionnel destiné aux organisations financières. Rien d'illégal, donc, tant qu'aucun tribunal n'a tranché.
Reste une impression bizarre. Un message posté publiquement, gratuit pour vous et moi, mais qui vaut une petite fortune à condition de le lire avant les autres. On en est là.
Crédit photo : T Media Tech LLC (Wikimedia Commons, domaine public)

