C’est une histoire d’amour pour les vieilles machines qui agite en ce moment la communauté open source. Le 23 juin, le développeur Boisy Gene Pitre, figure connue du petit monde qui entretient encore le processeur Motorola 6809, a proposé d’ajouter à LLVM un outil capable de compiler du BASIC09.
Derrière ce nom barbare se cache un dialecte du langage BASIC, conçu par l’éditeur Microware pour Motorola et lancé en février 1980. Soit quarante-six ans au compteur.
LLVM, de son côté, est une infrastructure logicielle bien plus moderne et aujourd’hui omniprésente. C’est elle qui fait tourner, en coulisses, des langages aussi répandus que Rust, Swift ou le compilateur Clang. En clair, une sorte de moteur universel qui traduit le code écrit par les développeurs en instructions comprises par n’importe quel processeur.
L’outil de Pitre, baptisé basic09c, sert de porte d’entrée. Il lit le vieux code BASIC09, le décortique, le vérifie, puis le convertit dans le format pivot de LLVM, à charge pour ce dernier de produire un programme fonctionnel sur des dizaines de machines différentes. L’idée du développeur est double : sauver des programmes écrits il y a quarante ans et coincés sur de vieux supports, et leur permettre un jour de tourner ailleurs que sur les antiques ordinateurs pour lesquels ils avaient été pensés.
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Car BASIC09 n’était pas n’importe quoi à l’époque. On l’utilisait sur l’OS-9 de Microware et il a fait les beaux jours du TRS-80 Color Computer de Tandy, le fameux CoCo, comme des Dragon européens. Là où les BASIC concurrents lisaient le code laborieusement ligne par ligne, lui était déjà bien plus rapide et offrait des fonctions évoluées pour son temps.
Sauf que la communauté LLVM n’a pas vraiment déroulé le tapis rouge. Un développeur a répondu sans ménagement qu’un langage de niche des années 80 ne passerait jamais leurs critères d’admission, et l’un des piliers du projet a suggéré d’en faire plutôt un logiciel indépendant qui se servirait de LLVM, au lieu de l’intégrer au cœur du projet. C’est sans doute la solution la plus raisonnable.
Le prototype reste malgré tout consultable sur le compte GitHub de Pitre. Offrir une seconde vie à un langage de 1980 en le branchant sur un outil de 2026, c’est exactement le genre de bricolage passionné qui fait le sel de la culture open source.
Crédit photo : Illustration générée par IA
