Vous l’avez forcément croisée sur Instagram, TikTok ou LinkedIn ces dernières semaines. La petite figurine à votre effigie, glissée dans un blister de jouet façon Barbie, avec des accessoires qui racontent votre métier et vos passions. On appelle ça un « starter pack », et tout le monde s’y met.
Le principe est bête comme chou. Vous envoyez un selfie et deux ou trois infos sur vous à ChatGPT, Grok ou un autre générateur d’images, un prompt bien tourné, et hop, la machine vous transforme en poupée sous plastique. La tendance a pris la suite de la vague Ghibli, celle qui repeignait vos photos à la manière du studio japonais. Sauf que là, on ne parle plus d’un simple filtre esthétique.
Au pic, c’était près de 700 millions d’images générées en une seule semaine. Des millions de gens ont joué le jeu, parfois avec le visage de leurs enfants, téléversé par les parents eux-mêmes pour la version jouet de la photo de famille.
Et c’est là que ça coince. Pour obtenir une figurine ressemblante, vous ne lâchez pas qu’une photo. Vous racontez votre boulot, vos hobbies, votre caractère. Autrement dit, vous tendez à une entreprise d’IA un profil comportemental complet qu’elle n’aurait jamais pu récolter aussi facilement autrement.
Envie d’une vraie figurine à poser sur le bureau, sans confier votre visage à une IA ? Ce petit mannequin articulé fait le job.
Mannequin articulé à poses ajustables → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Luiza Jarovsky, cofondatrice de l’AI, Tech & Privacy Academy, résume bien le piège : en partageant tout ça de votre plein gré, vous donnez à OpenAI le feu vert pour traiter vos données, ce qui contourne au passage les protections du RGPD. Le consentement, vous le signez vous-même, en riant.
Et puis il y a la sécurité. Eamonn Maguire, chez Proton, rappelle que DeepSeek a déjà laissé fuiter toute sa base de requêtes en public, et qu’OpenAI a par le passé exposé des noms, des e-mails et des numéros de carte bancaire. Vos données de figurine dorment quelque part, et rien ne garantit qu’elles y restent au chaud. En cas de fuite, elles peuvent nourrir des pubs ultra-ciblées, du vol d’identité, voire des arnaques taillées sur mesure.
Reste le coût énergétique de la blague, ces centaines de millions d’images qui font tourner les serveurs à plein régime pour un gadget qu’on aura oublié le lendemain.
La figurine est mignonne, on ne va pas dire le contraire. Le vrai prix à payer, lui, ne se voit pas tout de suite.
Crédit photo : Illustration générée par IA
