Depuis le 14 septembre, les mairies, agglomérations et conseils départementaux ont une messagerie bien à eux. L’ADULLACT, l’association qui pousse le logiciel libre dans le secteur public, et le réseau Déclic ont lancé la fédération Matrix des collectivités. Derrière ce nom un peu aride se cache une idée toute simple : arrêter de faire transiter les échanges des agents territoriaux par WhatsApp ou Telegram.
Le projet utilise Matrix, un protocole ouvert et décentralisé, avec Element comme logiciel client (édité par une société franco-britannique). Chaque collectivité fait tourner son propre serveur, ou le confie à un prestataire, mais tout ce petit monde se parle au sein d’un même réseau. Personne ne dépend d’un géant privé, et surtout chacun garde la main sur ses données et son infrastructure. On retrouve tout ce qu’on attend d’une messagerie moderne : conversations privées, salons de discussion, partage de fichiers et d’images, messages vocaux, sondages, chiffrement de bout en bout et un annuaire fédéré pour retrouver ses interlocuteurs. Il est même possible d’inviter des personnes extérieures.
Ce qui donne tout son sens à l’affaire, c’est l’interconnexion prévue avec Tchap d’ici la fin 2026. Tchap, c’est la messagerie de l’État, elle aussi bâtie sur Matrix, avec 800 000 agents inscrits et 400 000 utilisateurs actifs. Une fois le pont établi, un agent municipal pourra écrire à sa préfecture sans changer d’outil. « Offrir aux collectivités une alternative souveraine aux messageries grand public », résume Matthieu Faure, directeur de l’ADULLACT.
Pour creuser les enjeux derrière ce genre d’initiative, l’essai de Pierre Bellanger reste une bonne porte d’entrée :
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Le plus étonnant, c’est le budget. Le développement a coûté autour de 100 000 euros, une paille pour un projet qui vise potentiellement des dizaines de milliers de communes. L’adhésion à l’ADULLACT démarre à 100 euros par an pour les villages de moins de 1 000 habitants, ce qui laisse une porte ouverte aux plus petites structures, souvent les premières à bricoler avec des groupes WhatsApp non sécurisés. Pour l’instant, quatre collectivités testent le dispositif en préproduction, et la fédération accepte déjà de nouvelles adhésions.
On assiste là à un mouvement de fond. Après l’État et sa messagerie maison, ce sont les territoires qui reprennent la main sur leurs échanges numériques, sur des standards ouverts et des serveurs hébergés en Europe. Difficile de dire combien de mairies franchiront le pas, entre l’habitude et le confort des applications américaines déjà installées sur tous les téléphones. Mais la brique technique, elle, est posée.
Crédit photo : Matrix.org
