Pendant des années, Telegram s’est bâti une réputation de messagerie qui ne lâche rien, un endroit où vos échanges resteraient à l’abri de la police. Des documents de justice rendus publics cette semaine aux États-Unis montrent l’exact inverse, et avec un niveau de détail assez gênant.
On y voit noir sur blanc ce que l’entreprise transmet quand une autorité frappe à la porte : le numéro de téléphone d’un utilisateur, son identifiant interne, et son adresse IP avec l’horodatage de connexion. De quoi relier un compte à une personne bien réelle, sans trop d’efforts. La demande portait sur un homme visé par une enquête criminelle outre-Atlantique.
Le plus frappant, c’est l’ampleur du phénomène. Telegram a longtemps juré ne quasiment jamais coopérer. Puis tout a basculé après l’arrestation de son fondateur Pavel Durov en France, à l’été 2024. La plateforme a discrètement revu sa politique de confidentialité, et les chiffres ont grimpé d’un coup : au premier trimestre 2025, les données de 1 664 utilisateurs américains ont été communiquées, contre à peine une centaine sur les neuf premiers mois de 2024. Au total, l’entreprise affiche plus de 2 250 utilisateurs concernés et environ 900 demandes satisfaites.
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Telegram explique agir uniquement sur présentation d’un ordre judiciaire valide, dans des affaires de cybercriminalité, de vente de produits illégaux ou de fraude. Dans sa lettre aux autorités, la société précise même transmettre ces éléments « volontairement », tout en contestant être soumise à la justice américaine. Une gymnastique juridique qui ne change rien au résultat pour l’utilisateur : ses informations partent.
Il faut rappeler une chose simple, que beaucoup oublient. Les conversations Telegram ne sont pas chiffrées de bout en bout par défaut, sauf dans les « discussions secrètes » que presque personne n’active. Le reste passe par les serveurs de l’entreprise, qui peut donc, techniquement, répondre à une réquisition. On est loin de Signal ou de WhatsApp sur ce point précis.
Et puis il y a ce détail : l’adresse e-mail réservée aux forces de l’ordre se retrouve maintenant en clair dans les archives du tribunal. De quoi inspirer les petits malins tentés de se faire passer pour un policier. Si vous utilisez Telegram en pensant y être anonyme, le moment est sans doute venu de revoir vos attentes.
Crédit photo : Telegram (Wikimedia Commons)
