On a tous pris une mauvaise habitude sur les réseaux sociaux, et il serait temps d’en changer. Quand un hashtag haineux apparaît, le réflexe est de le reprendre pour le dénoncer. L’intention est bonne, le résultat catastrophique. En réutilisant le mot-clé tel quel, on lui offre exactement ce qu’il cherche : de la visibilité.
Prenons un exemple. Imaginons qu’une campagne de harcèlement se lance contre un groupe de personnes, peu importe lequel, portée par un hashtag. Au départ, quelques centaines de harceleurs l’utilisent. Jusque-là, rien d’étonnant. Sauf que très vite, l’indignation prend le dessus, et des milliers d’internautes reprennent à leur tour ce hashtag pour le condamner. Avec quel effet ? Le mot-clé est encore plus diffusé, encore plus mis en avant par les algorithmes, et son ampleur explose. On voulait l’éteindre, on a soufflé sur les braises.
Le mécanisme est implacable. Les réseaux sociaux ne font pas le tri entre les messages qui soutiennent un hashtag et ceux qui le combattent. Pour leurs algorithmes, c’est du volume, point. Plus un mot-clé est employé, plus il est jugé pertinent, et plus il remonte. Dénoncer en masse revient donc, paradoxalement, à propulser ce qu’on voulait faire taire.
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Alors on fait quoi ? La meilleure piste vient d’un exemple plutôt malin, celui du compte officiel de la Police nationale. Pour dénoncer un mouvement de harcèlement, ses équipes ont eu l’idée de glisser un simple point entre le dièse et le terme visé. Le hashtag perd alors son statut de mot-clé cliquable : il n’est plus comptabilisé comme tel, il ne nourrit plus la tendance, mais le message reste parfaitement lisible pour les humains.
L’astuce est toute bête, et c’est justement ce qui la rend efficace. Pas besoin d’outil compliqué ni de connaissances techniques : un caractère suffit pour casser la mécanique de propagation tout en gardant le sens de son propos. On peut s’indigner, alerter, sans pour autant servir la soupe à ceux qu’on combat.
Changer ce réflexe ne sera pas simple, parce que c’est devenu un automatisme collectif. Mais si l’on veut vraiment lutter contre les campagnes de haine en ligne, ça vaut le coup de s’y mettre. Dénoncer, oui. Amplifier sans le vouloir, non.
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