Le tribunal judiciaire de Paris vient de rendre une décision qui change la donne pour les services de VPN. Il ordonne à des acteurs majeurs du marché, comme NordVPN, ExpressVPN ou ProtonVPN, de bloquer l’accès à des sites de streaming illégal. Jusqu’ici, ces fournisseurs se considéraient comme de simples tunnels chiffrés, neutres par nature, et donc à l’écart de ce type d’obligation. Cette époque est terminée.
La décision a été obtenue par la Ligue de Football Professionnel et Canal+, qui se battent depuis des années contre l’IPTV pirate. Concrètement, les VPN sont désormais traités comme des intermédiaires techniques, au même titre que les fournisseurs d’accès classiques type Orange ou Free. Ils doivent donc appliquer les mêmes mesures de filtrage que les FAI, alors qu’ils s’estimaient jusque-là hors du champ de ces décisions.
Le cadre juridique s’appuie sur l’article L.333-10 du Code du sport, qui donne des pouvoirs élargis à l’Arcom. Le point clé, c’est le blocage dit dynamique. Dès que le régulateur repère un nouveau site miroir ou un changement de nom de domaine, du genre miztv.top ou qatarstreams.me, les VPN ont trois jours pour couper l’accès. Et tout cela sans repasser devant un juge à chaque fois. Cette souplesse vise à suivre le rythme des sites pirates, qui changent d’adresse en permanence pour échapper aux blocages. La mesure touche aussi le résolveur DNS public de Google pour certains flux liés à la Ligue des champions, et reste valable jusqu’à la fin de la saison, en mai 2026.
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L’aspect le plus important du jugement, c’est sans doute le rejet des arguments techniques habituels des VPN. Beaucoup mettent en avant leur politique de no-log, c’est-à-dire l’absence de conservation des données de connexion, censée rendre impossible l’identification des utilisateurs. Cette ligne de défense n’a pas convaincu les magistrats. Pour le tribunal, un contrat privé qui promet l’anonymat ne peut pas passer avant la loi et la protection du droit d’auteur. En clair, vendre de la confidentialité ne dispense pas de respecter une décision de justice.
Le résultat est net. En fermant la porte de sortie que représentaient les VPN pour contourner les blocages des FAI, l’Arcom et les ayants droit resserrent encore l’étau autour du streaming sportif illégal. Pour les amateurs de matchs piratés, les solutions de contournement se réduisent. Pour les éditeurs de VPN, c’est un précédent qui pourrait peser lourd, car il ouvre la voie à d’autres demandes de blocage sur d’autres types de contenus.
Reste une question de fond. Ces services se sont construits sur une image de neutralité et de protection de la vie privée, et les voilà sommés de filtrer le trafic de leurs propres clients. La tendance va clairement vers une automatisation du blocage de plus en plus poussée. Difficile de dire jusqu’où ira ce mouvement, mais le statut d’intouchable que certains VPN s’étaient attribué vient d’en prendre un sérieux coup.
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