16 juin 2026
Streaming musical sur smartphone et revenus des artistes

Streaming musical : Spotify attaqué en justice pour ses règles de rémunération opaques

Un musicien indépendant américain a décidé de s’attaquer au géant du streaming. Mark Kratter, artiste du Connecticut et avocat de métier, a déposé le 3 juin une plainte contre Spotify. Il reproche à la plateforme d’avoir mis en place des règles obscures et des filtres invisibles qui détourneraient les revenus des créateurs modestes au profit des stars et des grands labels.

Au coeur de l’affaire, un mécanisme que la plupart des auditeurs ne connaissent pas. Depuis 2024, un titre doit atteindre 1000 écoutes sur douze mois, réparties sur au moins 50 comptes différents, pour générer la moindre rémunération. En dessous de ce palier, l’artiste ne perçoit rien, même si des auditeurs réels ont écouté sa musique toute l’année.

Spotify défend ce seuil par un argument simple : les morceaux concernés ne rapportaient en moyenne que trois centimes par mois. Sauf que ces micro-sommes, additionnées sur des centaines de milliers de titres, forment un montant conséquent. Cet argent n’est pas supprimé, il est versé dans une cagnotte commune, puis redistribué vers les artistes qui dépassent déjà le palier.

C’est tout le problème soulevé par la plainte. Le système ne fait pas disparaître les revenus, il les transfère des créateurs en difficulté vers ceux qui réussissent. Et ce seuil n’a pas été imaginé par Spotify seul, il aurait été réclamé par les majors au moment de sa mise en place.

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Le recours va plus loin. Kratter affirme qu’à partir de mars 2026, le compteur d’écoutes de ses morceaux a brutalement chuté, alors que son public continuait de l’écouter normalement. En cause selon lui, une modification discrète des critères qui déterminent quelles écoutes sont validées. Spotify écarte en effet certaines lectures jugées automatiques, passives ou déclenchées par son algorithme de recommandation. Ces règles ne sont publiées nulle part, et ce flou peut faire passer un titre sous la barre sans la moindre explication.

La plateforme répond avec son chiffre habituel : 99,5 % des écoutes concerneraient des titres déjà au-dessus du seuil. Elle estime que concentrer les paiements sur ces morceaux soutient les artistes qui vivent réellement du streaming. Sur la plainte elle-même, l’entreprise n’a pas souhaité réagir.

Déposé au titre de la loi du Connecticut sur les pratiques commerciales déloyales, le recours réclame des dommages et la reconnaissance du caractère trompeur de ces règles. Plusieurs associations d’artistes indépendants et des juristes européens spécialisés dans la concurrence avaient déjà pointé ces pratiques.

Crédit photo : Illustration générée par IA

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