L’Europe a désormais son propre concurrent à X. Le réseau social W a ouvert sa version publique le 17 juin, après une première présentation au Forum de Davos en début d’année. L’adresse est simple à retenir : wsocial.eu.
Derrière le projet, on trouve une start-up enregistrée en Suède, dirigée par Anna Zeiter, une ancienne cadre d’eBay. Le capital est tenu par des investisseurs privés, surtout nordiques. Un démenti s’impose d’emblée, car la rumeur a beaucoup circulé : W n’est pas financé par l’Union européenne. La Commission elle-même a corrigé l’info, qu’elle a relayée depuis son compte X, non sans une certaine ironie.
Ce qui distingue W, c’est sa façon d’aborder le problème des faux comptes. Chaque inscription passe par une vérification d’identité avec une pièce officielle, passeport ou carte d’identité, gérée par un service tiers baptisé W Identity. Vous pouvez ensuite afficher un pseudonyme public, mais l’algorithme met en avant les profils qui utilisent leur vrai nom. L’idée affichée : couper l’herbe sous le pied des bots et de la désinformation.
Le reste du dossier coche les cases que l’on attend d’un projet pensé pour le cadre européen. Les données sont hébergées sur le continent, sur des serveurs finlandais. Le chiffrement des échanges s’appuie sur Proton, l’acteur suisse bien connu pour sa messagerie. Et la conformité au règlement sur les services numériques, le fameux DSA, est intégrée dès le départ plutôt que rajoutée après coup.
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Côté financement de la plateforme, W écarte la monétisation des données personnelles. Le modèle repose sur une publicité présentée comme strictement encadrée et sur des micropaiements optionnels pour débloquer des fonctions avancées.
Plusieurs responsables politiques ont déjà publié leurs premiers messages : Antonio Costa, président du Conseil européen, Ursula von der Leyen, Roberta Metsola, ou encore le maire de Londres Sadiq Khan. C’est cohérent avec l’ambition réelle du projet, plus modeste qu’il n’y paraît. W ne vise pas d’emblée le grand public, mais d’abord la sphère institutionnelle, les médias et les responsables publics. Anna Zeiter le résume sans détour : si la bulle politique bruxelloise migre de X vers W, le pari sera déjà gagné.
Reste la question de fond. Face aux 115 millions d’utilisateurs européens de X, sans parler de TikTok ou de Meta, une plateforme partie de zéro a un long chemin devant elle. Certains observateurs redoutent déjà un cimetière de bonnes intentions. À voir si la vérification d’identité séduira un public habitué à s’inscrire en deux clics.
Crédit photo : Illustration générée par IA
