Le 22 octobre, une lettre confidentielle est partie de Matignon vers les quatre opérateurs télécoms français. Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom y étaient priés de préparer, techniquement, la suspension de TikTok, Snapchat et Instagram le temps de la manifestation du 24 octobre. Le média Blast a sorti le document deux jours plus tard, et depuis, le dossier ne cesse de grossir.

Signé par Philippe Gustin, directeur de cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu, le courrier visait un blocage ciblé : un filtrage DNS sur les réseaux mobiles, limité à certaines zones et à quelques heures. L'idée venait des émeutes des 17 et 18 octobre, où ces applications auraient servi à coordonner des pillages, à désigner des cibles et à signaler la position des forces de l'ordre.

Les opérateurs ont vite calmé le jeu. Couper trois plateformes sur la 4G et la 5G, par quartier, du jour au lendemain, ils s'en disaient tout simplement incapables à si court terme. Ils ont aussi pointé l'absence d'autorisation formelle et le risque de disproportion. Résultat, aucune coupure n'a eu lieu le samedi.

Contenu externe hébergé par m.media-amazon.com.

Ouvrir sur le site source

Pour creuser ce bras de fer entre libertés et contrôle du numérique, le petit essai de Tristan Nitot reste une bonne porte d'entrée.

Surveillance:// — Tristan Nitot → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon

Le gouvernement n'a pas lâché l'affaire pour autant. Une autre lettre, elle, s'adressait directement aux plateformes pour réclamer la mise en pause de deux fonctions précises pendant les cortèges : les diffusions en direct et la géolocalisation. Deux outils très utilisés pour filmer les affrontements en temps réel et se repérer dans la foule. De quoi agacer sérieusement les réseaux concernés.

À côté de ça, une cellule de modération a fait retirer 112 publications le 24 octobre, surtout des appels à la violence. Ces messages avaient quand même atteint près de deux millions de vues, répartis sur environ 350 000 comptes. Et le 27 octobre, un amendement au projet de loi dit « casseurs-payeurs » est venu durcir le ton : les plateformes devront effacer sous une heure tout contenu appelant à l'insurrection ou aux violences armées contre l'État, sous peine de blocage ou de déréférencement des moteurs et des boutiques d'applications.

Reste la question qui fâche. En avril 2025, le Conseil d'État avait annulé la suspension de TikTok en Nouvelle-Calédonie, jugée disproportionnée, tout en admettant qu'une coupure puisse se justifier dans des circonstances exceptionnelles. La barre est donc haute. Petit effet de bord, depuis cet épisode : Bitchat, la messagerie sans serveur soutenue par Jack Dorsey, gagne du terrain en France. Quand on parle de couper les tuyaux, certains cherchent déjà d'autres tuyaux.

Crédit photo : Illustration générée par IA