Depuis 2022, l’Ukraine carbure au Starlink. Environ 42 000 terminaux de SpaceX y font tourner l’armée, les services de secours et une bonne partie des entreprises. C’est devenu une infrastructure vitale, au sens littéral du terme. Sauf qu’une infrastructure vitale entre les mains d’un acteur privé étranger, ça finit toujours par poser une question : et si on coupait le robinet ?
La crainte n’est plus théorique. Avec les tensions entre Washington et Kyiv et le doute sur le maintien de l’aide américaine, l’idée d’une dépendance totale à un service contrôlé par Elon Musk passe soudain beaucoup moins bien. D’où le retour sur le devant de la scène d’un nom européen : Eutelsat.
L’opérateur français a fusionné avec le britannique OneWeb en 2023. Résultat, il exploite aujourd’hui le deuxième plus gros réseau de satellites en orbite basse au monde. Sur le papier, c’est l’alternative idéale, et l’entreprise se dit prête à fournir jusqu’à 40 000 terminaux supplémentaires en quelques mois, à condition d’un coup de pouce financier.
Le problème, c’est que le match n’est pas équilibré. Starlink, c’est plus de 7 000 satellites à 550 kilomètres d’altitude, une latence très basse et un terminal aux alentours de 589 dollars. OneWeb, c’est environ 630 satellites perchés à 1 200 kilomètres. Couverture moins dense, latence plus élevée, et des terminaux qui peuvent grimper jusqu’à 10 000 dollars pièce. Pour un usage militaire où chaque milliseconde compte, l’écart n’est pas un détail.
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Autrement dit, Eutelsat peut compléter Starlink, soulager la dépendance, servir de filet de sécurité. Le remplacer purement et simplement, c’est une autre histoire. Il faudrait déployer une flotte de terminaux, adapter les usages, et accepter une qualité de service en retrait sur certains scénarios. Tout ça ne se décrète pas en une réunion à Bruxelles.
L’Union européenne, elle, a bien compris la leçon de fond : ne plus laisser sa souveraineté de connexion dépendre d’une technologie privée venue d’ailleurs. Des projets comme GovSatCom sont sur les rails pour bâtir une capacité satellitaire européenne. Mais ces initiatives ne seront pleinement opérationnelles que dans plusieurs années, ce qui ne règle rien à l’urgence du terrain.
En clair, l’Ukraine se retrouve coincée entre un outil américain ultra-efficace mais politiquement incertain, et une alternative européenne disponible mais techniquement en deçà. À court terme, Starlink reste la solution la plus efficace, point. À moyen terme, c’est tout l’enjeu de l’autonomie spatiale du continent qui se joue. Et cette fois, l’Europe a sans doute compris qu’attendre la prochaine crise pour s’y mettre n’est plus une option tenable.
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