La France s’apprête à devenir le premier pays de l’Union européenne à fermer les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte est passé, l’entrée en vigueur est calée sur la rentrée de septembre, et il ne manque plus qu’un feu vert un peu particulier : celui de Bruxelles.
Avant qu’une loi de ce genre s’applique, un pays doit prévenir la Commission européenne et patienter. C’est ce qu’on appelle la période de standstill. Paris a donc notifié son projet, et la Commission a jusqu’au 10 juillet pour réagir. Autant dire cette semaine.
Trois issues possibles. Bruxelles laisse filer, et la loi s’applique. Bruxelles émet un avis détaillé, ce qui rallonge le délai. Ou Bruxelles bloque, en estimant que Paris marche sur les plates-bandes du droit européen. Parce que c’est bien là tout le sujet : encadrer les plateformes, d’accord, mais qui décide ? Chaque capitale dans son coin, ou l’Union d’un seul bloc ?
La France n’est d’ailleurs pas seule à pousser. Le Danemark a scellé un accord politique pour la même limite de 15 ans, l’Espagne réfléchit plutôt à 16 ans, et la Grèce prépare son propre dispositif pour 2027 tout en réclamant une règle commune à toute l’Europe.
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De son côté, la Commission n’a pas attendu. Depuis le 15 avril, elle propose une application de vérification d’âge, prête à être branchée sur les grandes plateformes. Le principe : vous prouvez que vous avez l’âge requis sans livrer votre identité au réseau social. On téléverse une pièce d’identité, ou un tiers de confiance comme une banque ou une école confirme, et la plateforme récupère juste un oui ou un non. La technologie derrière porte un nom savant, la preuve à divulgation nulle de connaissance, mais l’idée tient en une phrase : oui, cette personne a l’âge, non, on ne dira pas qui c’est.
L’outil est open source, compatible TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat. Personne n’est obligé de l’utiliser, mais chaque plateforme devra prouver qu’elle contrôle l’âge de façon au moins aussi sérieuse. Et justement, ces quatre-là sont déjà dans le viseur de l’UE, sous enquête pour protection insuffisante des mineurs.
Ursula von der Leyen a résumé l’état d’esprit : il n’y a « plus d’excuses ». Sauf que voilà, verrouiller l’accès des ados, c’est facile à annoncer, nettement moins à faire respecter. Un gamin de 14 ans qui veut son compte finira par trouver un moyen, on le sait tous très bien. Le 10 juillet dira au moins si Bruxelles laisse la France ouvrir le bal.
Crédit photo : Illustration générée par IA
