Bluesky, le réseau social qui s’est posé comme l’alternative à X après le rachat par Elon Musk, prépare un virage. Son nouveau patron, Toni Schneider, a été confirmé au poste de directeur général le 10 juillet dernier, après quatre mois en intérim. Il a une idée assez claire de la direction à prendre : rendre le réseau moins ouvert, plus fragmenté, avec des espaces plus intimes.
Pour ceux qui ne connaissent pas, Bluesky ressemble à l’ancien Twitter en public, mais tourne sur un protocole ouvert appelé AT Protocol. L’infrastructure ne lui appartient donc pas vraiment, d’autres développeurs peuvent construire dessus. Le réseau a atteint 43 millions de comptes sous Jay Graber, sa fondatrice partie diriger l’innovation en mars. Depuis, la croissance a calé, avec pas mal de départs après la poussée liée à l’élection américaine.
Schneider, lui, vient d’Automattic, la maison mère de WordPress et Tumblr. Son plan tient en une phrase : « créer des espaces plus petits et des communautés plus privées », ce qui, selon lui, va « débloquer la prochaine vague de croissance ». Dans les faits, ça passe par la fonctionnalité Communities, annoncée en juin, des petits salons thématiques façon Reddit. Les utilisateurs bricolent déjà des équivalents avec des flux personnalisés, comme BookSky pour les lecteurs ou AstroSky pour les fans d’astronomie. La vraie nouveauté, ce serait des groupes fermés, avec adhésion et messages privés, tout en restant sur le protocole partagé.
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L’autre chantier est plus politique. Schneider reconnaît sans détour que Bluesky est devenu une chambre d’écho très marquée à gauche, au point de faire fuir les voix modérées ou opposées. « On veut vraiment que ça change. Et ça change déjà », affirme-t-il. Les comptes les plus bloqués du réseau donnent le ton : la Maison-Blanche, plus de 124 000 blocages, le vice-président J.D. Vance, plus de 182 000. Pour élargir, la direction va chercher des ligues sportives et des créateurs dans le divertissement ou la finance, des gens qui viennent, dit-il, pour le sport et pas pour la politique.
Reste que ces communautés privées, Schneider le dit lui-même, prendront des années à mûrir. Le protocole permet déjà à des groupes comme Blacksky, pensé pour les internautes noirs, d’avoir leurs propres règles de modération tout en restant connectés au reste. L’ambition est là. La patience aussi, visiblement.
Crédit photo : Wikimedia Commons
