Snapchat a décidé de siffler la fin de la récré pour les vidéos entièrement fabriquées par une IA. Depuis fin juillet, celles-ci ne sont plus poussées dans Spotlight, le fil de découverte de l’application, ce carrousel vertical à la TikTok où l’on tombe sur des clips de gens qu’on ne suit pas. Le patron Evan Spiegel a résumé la manœuvre d’une formule qui claque : « Stop the Slop ! » Traduisez, en gros, « on arrête la bouillie ».
Concrètement, rien n’est interdit. Vous pouvez toujours poster une vidéo générée de A à Z par un modèle, elle s’affichera chez vos abonnés. Ce qui change, c’est qu’elle ne sera plus recommandée à des inconnus, et surtout qu’elle ne rapportera plus rien. Sur Snapchat, être repêché par l’algorithme de Spotlight, c’est le nerf de la guerre : c’est là que se trouvent l’audience et les revenus pour les créateurs. Une vidéo qui n’y remonte plus, c’est une vidéo qui n’existe presque pas.
L’application ne joue pas non plus les puristes anti-machine. Les clips retouchés ou améliorés avec les propres outils IA de Snapchat, eux, restent éligibles aux recommandations, à condition d’afficher un petit indicateur signalant que l’IA a mis sa patte quelque part. La frontière est donc claire : l’IA qui donne un coup de pouce, oui ; l’IA qui fait tout le boulot à la place d’un humain, non.
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Derrière ce virage, il y a un pari sur l’audience réelle. Snap affirme que le nombre de contributeurs uniques sur Spotlight a grimpé de plus de 120 % sur un an, et l’entreprise dit vouloir récompenser « les histoires personnelles, les vrais points de vue, les vraies personnes ». Le slop, ces vidéos synthétiques produites à la chaîne pour gratter des vues, sature les fils de tout le monde depuis des mois. La plateforme préfère visiblement parier sur des humains qui reviennent que sur des fermes à contenu qui font gonfler les compteurs sans fidéliser.
Snapchat n’est pas seul sur ce créneau. LinkedIn a lancé un bouton pour signaler un post qui « ressemble à de l’IA », YouTube resserre la monétisation du contenu répétitif, et le calendrier tombe pile : les règles de transparence de l’AI Act européen sont entrées en vigueur le 2 août, obligeant à étiqueter les contenus artificiels. Les autres réseaux suivront-ils le même chemin ? Pas sûr. Certains ont encore tout intérêt à laisser la bouillie couler, tant qu’elle fait tourner les compteurs.
Crédit photo : Illustration générée par IA
