Il y a quelques jours, un procès s’est ouvert à Oakland, en Californie, qui pourrait redéfinir la façon dont on nous sert nos fils d’actualité. Devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers, au tribunal fédéral du district Nord de Californie, une coalition d’une trentaine d’États américains attaque Meta sur un terrain inédit. Pas le contenu publié, non. La mécanique même des applications. Le scroll infini, l’autoplay, ces enchaînements qui font qu’on relève la tête une heure plus tard sans trop savoir comment.
L’accusation est frontale. Selon les États plaignants, dont la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey, ces fonctions ne seraient pas là par hasard, mais pensées pour gonfler le temps passé par les plus jeunes. Vingt-neuf autres États ajoutent un volet fédéral appuyé sur la COPPA, la loi américaine qui protège les données des enfants. Ils reprochent à Meta d’avoir su que des moins de 13 ans traînaient sur Instagram et Facebook, et d’avoir récupéré leurs informations sans l’accord des parents.
Meta conteste tout en bloc. L’entreprise nie avoir conçu quoi que ce soit pour rendre les ados accros, et rappelle qu’elle a mis en place des comptes ado, des limites de temps, un mode veille. Sa vieille ligne de défense, l’immunité de la fameuse Section 230, a déjà été écartée par la cour d’appel du neuvième circuit. Le procès va donc se jouer sur le fond, et il devrait durer plusieurs semaines.
Pour creuser ce que les écrans font vraiment aux plus jeunes, le neuroscientifique Michel Desmurget compile les études dans un essai devenu une référence.
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Ce qui est en jeu dépasse largement Meta. Le verdict servira de boussole à quelque 1 600 procédures encore en attente, portées par des familles et des districts scolaires un peu partout aux États-Unis. Autant dire que tout le secteur regarde Oakland du coin de l’œil.
Et l’Europe n’est pas en reste. Cet été, la Commission européenne a estimé, à titre préliminaire, que le design addictif d’Instagram et de Facebook enfreignait le règlement sur les services numériques, le DSA, en visant exactement les mêmes ressorts. Scroll infini, lecture automatique, notifications à répétition. Bruxelles va jusqu’à suggérer des correctifs concrets, comme couper ces mécaniques par défaut ou imposer de vraies pauses d’écran. La facture, là, pourrait grimper jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial du groupe.
Deux continents, un même procès de fond. On ne juge plus ce que les réseaux nous montrent, mais la manière dont ils nous retiennent. Et ça, franchement, ça change pas mal la conversation.
Crédit photo : Wikimedia Commons
