Vous ne vous êtes peut-être jamais inscrit sur Muse, la nouvelle application d’intelligence artificielle que Meta a sortie en septembre. Cela ne vous met pas forcément à l’abri. D’après des documents internes décortiqués par Wired puis par le magazine Time, l’assistant personnel de Meta ne se contente pas d’aider ses utilisateurs : il dresse une fiche sur à peu près tout le monde autour d’eux.
Rappelons le principe. Muse se présente comme un compagnon qui « retient ce qui compte le plus pour vous », selon les mots d’un porte-parole de Meta. Dans la pratique, l’application compile un dossier qui se met à jour toutes les heures sur chacun de ses quatre millions d’utilisateurs. Qui compte pour vous, ce que vous désirez, à quel moment vous êtes le plus réceptif à une relance. Les instructions repérées par les chercheurs vont jusqu’à noter qu’un tel « répond mieux aux messages courts après 22 heures ».
Le vrai problème est ailleurs. Dès que vous mentionnez quelqu’un dans une conversation, un message ou un e-mail, Muse crée aussi une fiche pour cette personne. Famille, collègues, ex, voisins, gens que vous suivez sans les connaître. Y compris, donc, des millions d’individus qui n’ont jamais téléchargé l’appli et n’ont rien demandé. Comment vous vous êtes rencontrés, vos centres d’intérêt communs, vos disputes, vos alliances et vos tensions : tout y passe.
Puisqu’on parle de données qui filent sans qu’on les voie passer, un petit geste simple côté vie privée : masquer la webcam quand vous ne vous en servez pas.
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Meta assure que ces observations sont « dé-identifiées » avant d’être partagées à l’échelle de l’entreprise pour améliorer le produit. Les données de chacun resteraient isolées dans leur propre machine virtuelle. Reste que pour une société qui tire environ 97 % de ses revenus de la publicité, cartographier aussi finement les liens entre les gens a de quoi inquiéter. D’autant qu’une ligne des instructions internes demande carrément à l’agent de ne pas prévenir l’utilisateur que ses messages d’origine peuvent rester visibles dans le fil.
Côté chiffres, l’appli cartonne : plus de cinq millions de téléchargements et une première place sur l’App Store américain depuis son lancement. Meta balaie l’idée d’une faille et parle d’un fonctionnement voulu. En Europe, où le RGPD encadre normalement le traitement des données de personnes qui n’ont jamais consenti à rien, on imagine que la question va vite remonter. En attendant, si un proche utilise Muse, vous figurez probablement déjà dans ses fichiers.
Crédit photo : Meta
