Il suffit d’une paire de Ray-Ban Meta sur le nez et d’un petit voyant qu’on apprend à masquer. Depuis le printemps, des dizaines de vidéos tournent sur TikTok et Instagram où l’on voit des femmes abordées dans la rue, filmées sans le savoir, puis diffusées comme du « contenu de séduction » à des centaines de milliers d’abonnés. Certaines découvrent leur visage en ligne des semaines plus tard, parfois avec leur numéro de téléphone resté à l’image. Le magazine Fortune a fini par baptiser l’objet les « pervert glasses », et le surnom est resté.
Le principe de ces lunettes, pour ceux qui ont raté l’épisode : une caméra logée dans la monture, un enregistrement lancé d’un mot ou d’un geste, et une petite LED censée prévenir les gens autour. Sauf que voilà, des tutoriels circulent pour neutraliser ce voyant, et l’appareil devient une caméra espion tout ce qu’il y a de plus discret. Meta contrôle près de 70 % de ce marché, qui décolle vraiment cette année, ce qui multiplie d’autant les occasions de croiser un porteur.
Face à la vague, Instagram a commencé à fermer des comptes qui violaient ses règles anti-harcèlement, et une appli Android qui prévient d’un enregistrement en cours a passé les 110 000 téléchargements en six mois. Côté données, on a aussi appris que les vidéos captées transitaient par un sous-traitant kényan chargé d’annoter les images pour entraîner l’IA de Meta, avec des employés exposés à des scènes très intimes.
Les fameuses lunettes au cœur de la polémique, si vous voulez juger sur pièce :
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En Europe, ça bouge plus vite qu’ailleurs. La CNIL a prévenu dès le mois de mai que ces lunettes créaient un risque de surveillance « quasi invisible et omniprésente ». En Allemagne, la police de Potsdam a reçu des plaintes de jeunes femmes filmées à la piscine municipale, et aux Pays-Bas des associations réclament purement et simplement l’interdiction. Plus de 70 organisations, dont l’ACLU, ont signé une lettre commune contre l’appareil.
Le pire reste peut-être à venir. Meta réfléchit à greffer de la reconnaissance faciale à ses lunettes, histoire d’identifier un inconnu en temps réel en croisant les profils publics. Officiellement, « aucune décision définitive n’a été prise ». On veut bien les croire, mais on garde quand même un œil sur les gens qui nous regardent.
Crédit photo : Ray-Ban / Meta
