Le patron d’OpenAI, la société derrière ChatGPT, joue une partition pour le moins subtile. D’un côté, Sam Altman s’est présenté devant le Sénat américain pour réclamer lui-même une régulation de l’intelligence artificielle. De l’autre, il s’inquiète ouvertement du texte que prépare l’Europe, l’AI Act, au point d’évoquer un possible retrait du Vieux Continent. Deux discours qui peuvent sembler contradictoires, mais qui racontent en réalité une stratégie assez classique chez les géants de la tech.
Devant les sénateurs américains, le ton était à la responsabilité. Altman a plaidé pour des exigences de sécurité appropriées, avec des tests internes et externes avant la mise sur le marché de tout nouveau modèle. Il a même évoqué l’idée d’encadrer le secteur, par exemple via une forme de licence pour les systèmes les plus puissants. Une posture qui surprend toujours un peu venant d’un dirigeant du secteur, mais qui présente un avantage : participer à l’écriture des règles plutôt que de les subir, et au passage compliquer la tâche des concurrents plus modestes.
Le bémol arrive vite, et il tient en un mot : flexibilité. Altman réclame des cadres suffisamment souples pour s’adapter aux évolutions futures de la technologie. Traduction : des règles qui ne brident pas trop vite l’innovation, et qui laissent une marge de manoeuvre confortable aux acteurs déjà installés. C’est précisément là que le bât blesse avec l’approche européenne, jugée bien plus stricte et contraignante.
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Car c’est en marge d’un déplacement à Londres que le patron d’OpenAI a lâché la phrase qui a fait réagir. À propos de l’AI Act, il a déclaré que son entreprise ferait tout pour se conformer au texte, mais que si cela s’avérait impossible, elle cesserait ses activités dans la région. La menace de plier bagage est explicite. Ce qui le dérange tient surtout aux dernières évolutions du texte, qui visent désormais les modèles d’IA générative comme le sien, avec de nouvelles obligations de documentation et d’enregistrement.
Cette manoeuvre n’a rien d’inédit. Brandir le départ pour faire pression sur un régulateur jugé trop sévère, d’autres avant lui s’y sont essayés : Google en Australie, Meta sur plusieurs dossiers à travers le monde. L’enjeu de fond reste entier. L’Europe tente de bâtir une régulation à la croisée de plusieurs préoccupations : le risque d’une superintelligence incontrôlée, la certification technique des systèmes, la protection des droits fondamentaux et la sécurité du marché. Quatre angles d’attaque différents pour un même sujet brûlant. En attendant que le texte soit définitivement adopté, le bras de fer entre les ambitions américaines et les exigences européennes ne fait, lui, que commencer.
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