Devant la commission sénatoriale sur la délinquance financière, Gérald Darmanin a lâché une phrase qui a tourné en boucle : selon lui, supprimer l’argent liquide empêcherait les points de deal. L’idée, présentée comme « assez simple », repose sur un raisonnement basique. Plus de billets, plus de transactions anonymes, donc plus de trafic possible.
Le problème, c’est que le ministre de la Justice a lui-même enterré la proposition dès le lendemain. Au micro de RTL, il a tranché : « On ne le fera pas. » Pas de majorité politique, trop de difficultés pratiques. En clair, un ballon d’essai dégonflé en moins de vingt-quatre heures.
Sur le fond, l’argument ne tient pas vraiment la route. Le cash sert effectivement à blanchir et à régler des échanges illégaux, mais il reste surtout le moyen de paiement de millions de gens parfaitement honnêtes. Les personnes âgées, les foyers modestes, les petits commerçants et tous ceux qui n’ont pas envie de laisser une trace numérique de chaque baguette achetée.
Les chiffres de la Banque de France pour 2024 racontent d’ailleurs une histoire nuancée. Six Français sur dix jugent important de pouvoir continuer à payer en espèces, même si la carte bancaire domine largement dans les usages réels avec 62 % des paiements. Le cash, lui, ne pèse plus que 14 % des transactions. Il recule, mais il reste un filet de sécurité auquel beaucoup tiennent.
Si vous payez de plus en plus sans contact, autant protéger vos cartes des lectures pirates.
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Derrière cette histoire, il y a une vraie tendance de fond. Le paiement sans contact, les applications mobiles et les portefeuilles numériques grignotent le terrain année après année. Configurer Apple Pay ou son équivalent Android est devenu un réflexe pour énormément d’internautes, qui paient désormais d’un geste du poignet sans même sortir leur carte.
Sauf que basculer vers une société 100 % dématérialisée pose des questions autrement plus sérieuses qu’un point de deal. Que se passe-t-il en cas de panne réseau, de piratage massif ou de coupure de courant prolongée ? Et surtout, qui contrôle la traçabilité de chaque euro dépensé par chaque citoyen ?
La fin du liquide arrivera peut-être un jour, poussée par les usages plutôt que par décret. Mais l’épisode Darmanin montre surtout qu’on ne décrète pas la disparition d’un moyen de paiement entre deux auditions au Sénat. Le sujet mérite mieux qu’un effet d’annonce abandonné dès le petit-déjeuner suivant.
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