11 juin 2026

Souveraineté numérique : l’Europe veut reprendre la main sur son cloud et ses puces

L’Union européenne a dégainé un grand plan de souveraineté technologique. L’idée tient en une phrase : réduire la dépendance du continent vis-à-vis des géants américains et chinois, du cloud à l’intelligence artificielle. Reste à savoir si Bruxelles s’en donne vraiment les moyens, parce que le retard est déjà sérieux.

Commençons par le cloud, qui est sans doute le point le plus sensible. Aujourd’hui, le stockage et le traitement des données européennes reposent presque entièrement sur trois acteurs : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. À eux trois, ils raflent près de 80 % du marché sur le Vieux Continent. Autant dire que les données du continent dorment majoritairement sur des serveurs pilotés depuis les États-Unis.

Le problème, ce n’est pas qu’une question de fierté. La crainte des responsables européens, c’est qu’un gouvernement étranger puisse un jour décider de couper l’accès à ces infrastructures. Hôpitaux, administrations, systèmes militaires connectés à ces services : tout pourrait se retrouver paralysé d’un coup. Pour limiter le risque, Bruxelles veut imposer des critères stricts dans les marchés publics, et réserver les secteurs les plus sensibles, comme la santé ou la défense, à des opérateurs locaux.

Côté intelligence artificielle, l’Europe essaie de rattraper son retard en s’appuyant sur cette vague pour relancer son économie. Sauf que la concurrence est brutale. Face aux modèles d’OpenAI, d’Anthropic ou de DeepSeek, le continent n’aligne pour l’instant qu’un seul nom vraiment crédible : la française Mistral AI. C’est mince.

Le sujet vous intéresse ? Cet essai de Pierre Bellanger creuse exactement cette bataille pour le contrôle de nos données et de nos infrastructures.

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Sur les puces, le bilan du premier Chips Act est plutôt décevant. Les subventions massives n’ont pas attiré le nombre d’usines espéré. Du coup, la Commission change de tactique et mise sur la demande interne, en poussant par exemple l’industrie automobile à diversifier ses fournisseurs pour moins dépendre de l’Asie.

L’Europe garde quand même un atout de poids : ASML. L’entreprise néerlandaise détient le monopole mondial des machines de lithographie ultraviolette extrême, ces équipements indispensables pour graver les puces les plus avancées. Sans ASML, pas de production de pointe chez Nvidia, TSMC ou Samsung. C’est un vrai levier géopolitique, et personne d’autre ne sait faire ces machines.

Le plan traduit une prise de conscience réelle, mais tardive. Sécuriser les maillons critiques est une bonne idée. Le souci, c’est que faire émerger des champions capables de tenir tête à la Silicon Valley demande des capitaux énormes et une rapidité d’exécution que l’UE peine encore à montrer. Sans compter le manque de centres de données et le coût de l’énergie, qui freinent le déploiement de l’IA.

Et vous, vous pensez que ces règles vont stimuler l’innovation locale ou creuser un peu plus le retard ?

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