Voilà un revirement qui en dit long sur la guerre technologique entre Pékin et Washington. Selon plusieurs sources citées par Reuters fin janvier, la Chine a donné son feu vert à DeepSeek pour acheter des puces H200 de Nvidia. La jeune pousse de l’intelligence artificielle, celle-là même qui avait secoué la Silicon Valley début 2025 avec ses modèles à bas coût, va donc pouvoir s’équiper en matériel américain haut de gamme. Et elle n’est pas la seule : ByteDance, Alibaba et Tencent auraient eux aussi reçu l’autorisation de commander, pour un total dépassant les 400 000 GPU H200.
Le changement de cap est spectaculaire. Ces derniers mois, Pékin poussait au contraire ses champions nationaux à bouder Nvidia pour se rabattre sur les puces maison, celles de Huawei en tête. Le discours officiel vantait l’autosuffisance technologique, la fierté du made in China, la fin de la dépendance aux Américains. Sauf que voilà : pour entraîner des modèles d’IA de pointe, les alternatives locales ne suffisent visiblement pas encore. Quand il faut choisir entre le patriotisme industriel et la puissance de calcul, le pragmatisme l’emporte.
L’autorisation reste conditionnelle, et c’est là que ça se corse. Les autorités chinoises n’ont pas encore finalisé les contraintes imposées aux entreprises avant de valider leurs commandes. Jensen Huang, le patron de Nvidia, a d’ailleurs confirmé n’avoir reçu aucune commande ferme pour le moment, les licences étant toujours en cours d’examen côté chinois. Bref, l’accord de principe existe, mais les GPU ne sont pas encore dans les data centers.
Pour comprendre les dessous de cette bataille mondiale autour des puces, ce livre fait référence :
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Le calendrier n’a rien d’un hasard. DeepSeek prépare son prochain grand modèle, le V4, attendu pour la mi-février, autour du Nouvel An lunaire. La firme promet des capacités de programmation en net progrès, de quoi venir titiller les meilleurs modèles américains sur leur terrain favori. Avec des dizaines de milliers de H200 en renfort, l’entraînement des versions suivantes pourrait passer à la vitesse supérieure.
Côté américain, l’affaire fait grincer des dents. Un élu de premier plan au Congrès accuse déjà Nvidia d’avoir aidé DeepSeek à affiner des modèles d’IA ensuite utilisés par l’armée chinoise. Des accusations que le fabricant conteste, mais qui montrent à quel point chaque puce vendue à la Chine devient un sujet politique explosif à Washington. L’administration américaine a passé des années à restreindre les exportations de semi-conducteurs avancés vers la Chine, et voir Pékin organiser ouvertement des achats massifs de H200 a de quoi relancer le débat.
Reste une question : qui sort gagnant de cette partie d’échecs ? Nvidia récupère un marché chinois colossal qu’on disait perdu. La Chine s’offre la puissance de calcul qui lui manquait pour rivaliser avec OpenAI, Google et Anthropic. Et DeepSeek, valorisée comme l’un des espoirs les plus sérieux de l’IA chinoise, obtient les armes pour transformer l’essai. Les perdants potentiels, eux, se trouvent peut-être du côté de Huawei et des fabricants locaux, dont les puces viennent de se faire doubler par l’ennemi américain sur leur propre sol. La souveraineté technologique attendra.
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