Bluesky a passé deux ans à jouer les refuges pour les déçus de X. Résultat, le réseau traîne une réputation collée à la peau : celle d’un salon très à gauche, où un avis modéré ou de droite se fait vite huer. Son nouveau patron voudrait bien changer ça.
Toni Schneider, arrivé comme intérimaire en mars après le départ de Jay Graber (passée directrice de l’innovation), vient d’être confirmé PDG à titre définitif. L’homme n’est pas un inconnu du web : il a longtemps dirigé Automattic, la maison mère de WordPress. Dans un entretien accordé à The Verge début août, il assume vouloir casser la bulle. « On veut vraiment que ça change. Et ça change déjà », dit-il, avant d’insister sur le fait que la plateforme « n’a jamais été pensée pour attirer un seul type de personnes » et qu’elle « fonctionne pour n’importe qui ».
Sauf que les chiffres racontent une autre ambiance. Le compte officiel de la Maison-Blanche est bloqué par plus de 124 000 utilisateurs, le vice-président J.D. Vance par plus de 182 000, et le journaliste Jesse Singal par 86 000. Difficile de vendre un espace neutre quand une bonne partie du réseau bloque en masse tout ce qui vient d’en face.
Puisqu’on parle de l’ambiance sur les réseaux, ce livre de Jérôme Colombain passe au crible les travers de Facebook, X, Instagram et compagnie.
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Pour élargir son public, Schneider mise sur deux leviers. D’abord la modération « composable » : au lieu d’un couperet unique décidé d’en haut, chacun branche les filtres qu’il veut, un peu comme des extensions. Ensuite, et c’est le gros chantier, les communautés privées. Bluesky prépare la prise en charge des données privées sur son protocole AT, de quoi monter des espaces fermés façon Reddit, avec leurs propres règles, tout en restant reliés au reste du réseau. En juin, la plateforme avait déjà lâché les discussions de groupe (jusqu’à 50 personnes), les réponses ciblées dans les messages et le partage de profil par QR code.
Le pari n’est pas gagné. Bluesky revendique environ 43 millions de comptes, mais après le pic qui a suivi l’élection de Trump en 2024, la rétention s’essouffle. Vouloir plaire à tout le monde quand votre base s’est justement bâtie en fuyant un camp, c’est un sacré numéro d’équilibriste. Et les nouveaux venus n’auront peut-être pas très envie de débarquer dans un salon où l’accueil, disons, se mérite encore.
Crédit photo : Bluesky
