23 août 2026
Illustration : un smartphone affichant un fil d'actualité dont une photo se désagrège en pixels, évoquant une image générée par IA
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Au Québec, la police poste des images 100 % IA sur les réseaux, sans toujours le préciser

Au moins huit corps policiers québécois ont pris l’habitude de publier sur TikTok, Facebook et Instagram des images entièrement fabriquées par intelligence artificielle. Pas des photos retouchées, pas des reconstitutions filmées : des visuels générés de toutes pièces, censés illustrer des scènes du quotidien policier.

On y voit une fête de jeunes dans une cour, des ados à vélo électrique, une bagarre, de la consommation d’alcool en plein centre-ville, ou des intrusions nocturnes mises en scène par la Sûreté du Québec. Le tout glissé dans des campagnes de prévention ou des avis à la population, au milieu de vraies publications, sans qu’un internaute pressé fasse forcément la différence.

La Sûreté du Québec assume. Son porte-parole Benoit Richard avance deux arguments. D’abord ça coûte moins cher que de mobiliser des figurants et une équipe de tournage. Ensuite ça évite de filmer de vraies personnes, donc de toucher à leur vie privée. Le corps de police jure aussi ne jamais générer d’images montrant des gestes illégaux, et dit suivre les balises gouvernementales sur l’IA publiées par le gouvernement du Québec en juin dernier.

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Sauf que voilà, ces fameuses balises n’imposent pas grand-chose côté transparence. Rien n’oblige clairement à coller une mention « image générée par IA » sur chaque visuel. Et c’est exactement ce qui fait réagir. Andréane Sabourin Laflamme, du Laboratoire d’éthique du numérique et de l’intelligence artificielle, pose la question qui fâche : une institution chargée de faire respecter la loi peut-elle diffuser des images réalistes qui ne documentent aucun fait réel, sans le signaler noir sur blanc ?

Le souci n’est pas très compliqué à saisir. Quand une marque de fringues poste une photo trafiquée, on hausse les épaules. Quand c’est la police, on est censé la croire sur parole. Une bagarre ou une intrusion inventées par une machine, montrées comme un exemple crédible, ça brouille encore un peu plus la frontière déjà bien floue entre le vrai et le faux dans nos fils d’actualité.

Et ça ne restera pas une affaire québécoise. En Europe, le règlement sur les services numériques et l’AI Act poussent justement vers l’étiquetage des contenus synthétiques, institutions publiques comprises. Sur le papier, au moins. Parce que pour l’instant, huit services ont déjà tranché dans l’autre sens, et la petite mention « généré par IA » attendra encore un peu.

Crédit photo : Illustration générée par IA

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