C’est devenu un réflexe pour les régimes autoritaires confrontés à une rue en colère : couper les robinets numériques. L’Iran l’a fait à l’automne 2022, en pleine vague de manifestations déclenchée par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans décédée après son arrestation par la police des mœurs, qui lui reprochait un voile mal porté. La contestation s’est propagée en quelques jours, et la réponse des autorités ne s’est pas fait attendre du côté du réseau.
Les premières restrictions sérieuses sont apparues le 21 septembre. Les organismes qui surveillent la censure en ligne, comme l’observatoire OONI, ont constaté le blocage simultané d’Instagram et de WhatsApp sur la plupart des opérateurs iraniens testés. Ce n’est pas un détail. Avant ce coup de filet, ces deux applications faisaient partie des très rares plateformes occidentales encore accessibles dans le pays. Facebook, Twitter ou Telegram étaient déjà bloqués depuis longtemps. En s’attaquant à Instagram et WhatsApp, le pouvoir visait directement les derniers canaux que les Iraniens utilisaient pour s’organiser, échanger des images et documenter la répression.
Le lendemain, le 22 septembre, les fournisseurs d’accès ont poussé le bouchon encore plus loin en bloquant l’accès au Google Play Store et à l’App Store d’Apple. Une manière de fermer la porte aux contournements : sans boutique d’applications, impossible de télécharger facilement un nouvel outil pour passer entre les mailles du filet. Les autorités ont aussi joué sur les coupures de connexion mobile à des horaires précis, souvent en fin de journée, au moment où les rassemblements gonflaient dans les grandes villes.
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Les spécialistes des libertés numériques ont vite qualifié l’épisode de plus grave depuis 2019. À l’époque, le gouvernement avait carrément éteint internet pendant près d’une semaine pour casser un mouvement de protestation contre la hausse du prix de l’essence. La méthode reste la même : isoler la population du reste du monde, ralentir la circulation des vidéos qui font le tour de la planète, et compliquer la coordination des manifestants.
Face à ces coupures, la parade habituelle s’appelle le VPN. Ces outils permettent de masquer sa localisation et de récupérer un accès aux services bloqués. Leur popularité a logiquement explosé en Iran à chaque tour de vis, malgré les efforts du régime pour les neutraliser eux aussi. On retrouve d’ailleurs ce schéma partout où le contrôle de l’information devient un enjeu politique : plus le pouvoir verrouille, plus les internautes cherchent des passages dérobés.
Cet épisode iranien rappelle une réalité simple. Les réseaux sociaux ne sont pas qu’un terrain de jeu pour partager des photos de vacances. Ils sont devenus des infrastructures de mobilisation, au point qu’un État y voit une menace assez sérieuse pour préférer débrancher des millions d’utilisateurs plutôt que de laisser circuler des images dérangeantes.
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Une réflexion sur « Quand l’Iran coupe Instagram et WhatsApp pour étouffer la contestation »