Apple ajoute un nouveau front judiciaire à sa longue liste de démêlés avec les autorités de la concurrence. Cette fois, c’est le Brésil qui monte au créneau. Le CADE, l’autorité antitrust brésilienne, a ouvert une enquête visant les pratiques de la firme de Cupertino sur sa boutique d’applications et, surtout, sur les paiements réalisés à l’intérieur des apps.
À l’origine de cette procédure, une plainte déposée fin décembre par MercadoLibre, le géant du commerce en ligne sud-américain souvent comparé à un Amazon local. L’entreprise reproche à Apple d’imposer des restrictions sur la distribution des biens numériques et sur les achats intégrés. En clair, dès qu’un développeur veut vendre un contenu dématérialisé dans son application, il doit passer par le système de paiement maison d’Apple, qui prélève au passage sa commission. MercadoLibre estime que ces règles faussent la libre concurrence.
Le grief n’a rien d’original, et c’est précisément ce qui le rend redoutable pour Apple. Le même reproche revient inlassablement d’un continent à l’autre. Les régulateurs des États-Unis, de l’Europe, de la Russie, de l’Australie et de la Corée du Sud ont tous épinglé, à un moment ou à un autre, ces mêmes politiques de paiement sur l’App Store. Le Brésil rejoint donc un club déjà bien fourni de pays qui jugent la mainmise d’Apple sur les transactions trop pesante pour les développeurs comme pour les utilisateurs.
La grande question reste celle de l’efficacité réelle de ces enquêtes à répétition. Les précédents incitent à la prudence. Beaucoup de ces procédures s’enlisent, débouchent sur des sanctions financières que la trésorerie d’Apple absorbe sans broncher, ou se concluent par des concessions très limitées. La firme a les moyens de tenir la distance et de multiplier les recours, ce qui dilue souvent l’impact des décisions dans le temps.
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Reste que le contexte évolue. La pression réglementaire mondiale finit par produire des effets concrets. Apple pourrait être amenée à assouplir son contrôle strict sur les systèmes de paiement avec une future version d’iOS, et même à autoriser l’installation d’applications en dehors de l’App Store, une perspective longtemps jugée impensable. L’Europe, avec son Digital Markets Act, pousse déjà fortement dans cette direction, et le Brésil s’inscrit dans cette dynamique générale.
Du côté d’Apple, aucune réponse officielle détaillée n’a accompagné l’ouverture de l’enquête brésilienne. La marque défend habituellement son modèle en mettant en avant la sécurité offerte aux utilisateurs et la cohérence de son écosystème, des arguments qui peinent toutefois à convaincre les autorités quand il s’agit de justifier le niveau des commissions prélevées.
Pour MercadoLibre, l’enjeu dépasse le simple bras de fer technique. C’est l’accès à des centaines de millions de consommateurs brésiliens qui se joue, sur un marché où le mobile est roi. L’issue de cette enquête du CADE pourrait peser sur la manière dont Apple opère dans toute l’Amérique latine, une région encore loin d’avoir dit son dernier mot face aux géants de la tech.
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