L’idée a de quoi faire sourire, mais elle pose une vraie question sur l’économie des réseaux sociaux. Francis Lalanne, le chanteur devenu figure récurrente des polémiques, a attaqué Twitter devant le conseil de prud’hommes de Paris. Sa demande : 100 000 euros, au motif que le réseau social le ferait travailler gratuitement. Le terme juridique invoqué est celui de travail dissimulé, habituellement réservé aux employeurs qui ne déclarent pas leurs salariés.
Le raisonnement de l’artiste tient en une phrase qu’il a lui-même formulée. Quand il écrit sur Twitter, dit-il, il fait gagner de l’argent à Twitter. Et de filer la comparaison : c’est comme s’il était journaliste et qu’il travaillait gratuitement dans une rédaction. Derrière la formule provocatrice, il y a une intuition que beaucoup partagent confusément. Les contenus publiés par les utilisateurs nourrissent la plateforme, génèrent de l’audience, et donc des revenus publicitaires, sans que ces utilisateurs ne touchent un centime.
Lalanne pousse l’argument plus loin sur le terrain juridique. Pour qu’il y ait contrat de travail, il faut classiquement un lien de subordination, c’est-à-dire un pouvoir de l’employeur sur le salarié. Or, selon lui, Twitter exerce bien un tel pouvoir disciplinaire : le réseau peut suspendre un compte, le sanctionner, ou lever la sanction quand bon lui semble. Une forme d’autorité qui, dans sa lecture, ressemble furieusement à celle d’un patron sur son employé. L’analogie est habile, même si elle a tout d’un coup de communication.
Pour mesurer ce qu’est devenu Twitter, cet ouvrage retrace sa mutation depuis le rachat.
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La justice, elle, n’a pas suivi. Le conseil de prud’hommes de Paris a rejeté la demande le 18 avril, pour défaut de diligence du demandeur. En clair, le dossier n’a pas été mené avec le sérieux procédural attendu, et l’affaire a été écartée sans même qu’on tranche le fond. Une fin un peu abrupte pour une démarche qui aura surtout servi à faire parler, ce qui, soyons honnêtes, était peut-être l’objectif premier.
Reste que la question soulevée dépasse largement le cas d’un chanteur en quête de visibilité. La valeur produite gratuitement par les utilisateurs des grandes plateformes est un sujet sérieux, débattu par des économistes et des juristes bien plus mesurés que Francis Lalanne. Faut-il rémunérer ceux qui alimentent ces machines à audience ? Certains réseaux ont d’ailleurs commencé à partager une partie de leurs revenus publicitaires avec leurs créateurs les plus suivis, reconnaissant implicitement que le contenu a une valeur.
L’initiative de Lalanne avait donc le mérite, malgré son côté spectaculaire, de mettre le doigt sur un déséquilibre réel. Mais le tribunal n’est sans doute pas le meilleur terrain pour ce débat, du moins pas avec un dossier monté à la va-vite. Pour l’heure, tweeter reste un loisir non rémunéré, et les plateformes peuvent continuer à encaisser sans rien devoir à ceux qui les remplissent.
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