9 juillet 2026

Quand Microsoft a tenté de refourguer Bing à Apple

L’histoire avait de quoi surprendre. En 2020, des dirigeants de Microsoft sont allés frapper à la porte d’Apple avec une idée pour le moins inattendue : et si la firme de Cupertino rachetait Bing, leur moteur de recherche ?

La révélation est venue du procès antitrust qui opposait le ministère américain de la Justice à Google. Au fil des audiences, des documents et témoignages ont mis au jour les coulisses des accords qui régissent la recherche en ligne. Et parmi eux, cette tentative de Microsoft restée discrète jusque-là.

Concrètement, Microsoft a rencontré Eddy Cue, le vice-président d’Apple en charge des services. L’objectif affiché : convaincre Apple d’adopter Bing comme moteur par défaut sur ses appareils, voire de le racheter purement et simplement. Pour Microsoft, c’était l’occasion rêvée de doper enfin la part de marché de son outil, éternel second derrière Google.

Sauf qu’Apple a poliment décliné. Et la raison tient en quelques milliards de dollars.

Car Google paie cher pour rester le moteur de recherche par défaut sur Safari et l’iPhone. Très cher. Selon les estimations évoquées lors du procès, la somme versée par Google à Apple aurait oscillé en 2020 entre 4 et 7 milliards de dollars par an. Un chèque colossal qu’Apple n’avait aucune envie de mettre en péril en basculant vers un concurrent à la rentabilité incertaine.

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Difficile, dans ces conditions, de convaincre Cupertino de troquer une rente confortable contre les promesses de Bing. D’autant que la qualité du moteur de Microsoft était jugée inférieure à celle de Google, ce que les équipes d’Apple n’ont visiblement pas manqué de relever en interne.

Le contrat avec Google a donc été reconduit, et Bing est resté ce qu’il était : un moteur utilisé par une minorité d’internautes, surtout là où il s’impose par défaut, comme sur les PC Windows via le navigateur Edge.

Cet épisode illustre bien le nœud du problème pointé par la justice américaine. Si Google verse des milliards à Apple et à d’autres pour être installé par défaut partout, c’est parce que ce réglage par défaut détermine en grande partie les usages. Rares sont les internautes qui prennent le temps d’aller changer leur moteur de recherche. Le défaut, c’est le pouvoir.

Pour les autorités, ces accords verrouillent le marché et empêchent toute concurrence sérieuse d’émerger. Pour Google, il s’agit simplement de payer pour un bon emplacement, comme une marque paie pour figurer en tête de gondole.

L’ironie de l’histoire, c’est que Microsoft a fini par trouver un autre levier pour relancer Bing : l’intelligence artificielle. En misant gros sur OpenAI et en intégrant ChatGPT à son moteur, Redmond a donné à Bing une visibilité qu’aucune offre de rachat n’aurait pu lui offrir. Comme quoi, parfois, mieux vaut ne pas vendre.

Crédit photo : DR

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