Le compte @xAI a changé de nom en début de semaine. Nouveau logo, nouveau pseudo : SpaceXAI. Un simple post, et voilà entérinée une des plus grosses opérations de l’histoire du web.
Reprenons le fil, parce qu’il est franchement difficile à suivre. Elon Musk rachète Twitter en 2022 et le rebaptise X. En mars 2025, sa société d’intelligence artificielle xAI absorbe X Corp, la maison mère du réseau social, valorisée alors 33 milliards de dollars. En février 2026, c’est SpaceX, l’entreprise de fusées, qui absorbe à son tour xAI dans une transaction entièrement en actions. Le réseau social où vous suivez l’actualité et regardez des vidéos de chats est donc, depuis cinq mois, une division d’un constructeur de lanceurs spatiaux. Le changement de nom de cette semaine ne fait que poser l’étiquette sur le paquet.
L’ensemble est entré en Bourse en juin, avec une clôture à 161 dollars l’action et une valorisation autour de 2 100 milliards. Grok le chatbot, X le réseau social, Starlink les satellites, Colossus le supercalculateur de Memphis : tout ça vit désormais sous le même toit et le même conseil d’administration.
Pour comprendre comment on en arrive a fusionner un reseau social et une entreprise de fusees, la biographie de Walter Isaacson reste la lecture la plus eclairante.
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L’idée derrière la fusion, Musk la répète depuis un an : la demande électrique de l’IA ne peut pas être satisfaite au sol. D’où les projets de centres de données en orbite, alimentés au solaire, et une demande déposée auprès de la FCC, le régulateur américain des télécoms, pour lancer jusqu’à un million de satellites. On est très loin du fil d’actualité.
Pour l’internaute, la question est plus terre à terre. Vos messages, vos publications, vos abonnements nourrissent déjà l’entraînement de Grok, et Grok est aujourd’hui un actif de la même entité qui vend des lancements à la NASA et au Pentagone. La frontière entre un réseau social grand public et un contractant de la défense américaine n’a jamais été aussi mince. En Europe, où X est déjà dans le collimateur de la Commission au titre du règlement sur les services numériques, voir la plateforme rangée dans un groupe dont le cœur de métier est l’espace ne va probablement pas simplifier le dossier.
Sauf que voilà, côté comptes, xAI perdait énormément d’argent : 3,2 milliards de dollars de revenus fin 2025, pour 6,4 milliards de pertes d’exploitation. Le rattachement à SpaceX ressemble donc aussi à une bouée de sauvetage. On saura assez vite ce que devient un réseau social quand il n’est plus que la petite division d’un groupe qui regarde ailleurs.
Crédit photo : Johnnyboy1890 (CC BY 4.0)
