
Vingt-cinq entreprises ont publié vendredi dernier une lettre ouverte intitulée « Open Weights and American AI Leadership ». Nvidia, Microsoft, Meta, IBM, Palantir, Hugging Face, Mozilla, Perplexity, Y Combinator, Dell et le français Mistral figurent parmi les signataires. Le message adressé aux responsables politiques américains tient en une ligne : pas de restrictions prématurées sur les modèles à poids ouverts.
Les poids, ce sont les milliards de valeurs numériques qu’un modèle produit en s’entraînant. Les publier revient à laisser n’importe qui télécharger le modèle, l’inspecter, le modifier et le faire tourner sur ses propres machines, sans jamais passer par le service de l’éditeur.
Jensen Huang, le patron de Nvidia, a utilisé son tout premier message sur X pour relayer le texte. Trois noms manquaient à l’appel : OpenAI, Anthropic et Google, soit les trois principaux développeurs de modèles fermés.
L’absence a été remarquée dans la minute. Quelques heures plus tard, vendredi après-midi, OpenAI ajoutait sa signature. Sam Altman a expliqué vouloir que les États-Unis gagnent dans l’IA, à la fois en open source et en propriétaire. Anthropic n’a pas signé et se retrouve la plus visible des grandes entreprises américaines d’IA absente de la liste.
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Le même week-end, le New York Times affirmait qu’OpenAI et Anthropic font discrètement pression sur les régulateurs de Washington pour restreindre les modèles ouverts. Le journal s’appuie sur des sources anonymes et aucune des deux entreprises n’a répondu publiquement.
La nuance a son importance. Pour Anthropic, il n’y a pas vraiment de grand écart : Dario Amodei avait déclaré devant le Congrès que la montée en puissance des modèles ouverts allait dans une direction très dangereuse, et il a plus récemment qualifié le sujet de faux problème. Son argument ne varie pas. Une fois les poids publiés, plus personne ne peut révoquer un accès, corriger un garde-fou ou empêcher un usage abusif.
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Washington étudie des mesures contre les modèles chinois, qui sont justement ouverts et téléchargeables, le dernier en date étant Kimi K3 du laboratoire Moonshot AI. Certaines propositions vont jusqu’à un interrupteur permettant de couper un modèle à distance.
Et c’est là que ça nous concerne aussi. Mistral et Hugging Face vivent tous les deux de l’ouverture, et une régulation américaine trop large ne s’arrêterait pas à la frontière.
Crédit photo : Wikimedia Commons
