On savait les réseaux sociaux mauvais pour le moral des adolescents, on a maintenant une facture. Des chercheurs de l’AP-HP, de l’université Paris Cité, de l’Inserm et de l’Institut de psychiatrie et neuroscience de Paris viennent de publier une étude qui chiffre pour la première fois l’impact d’un usage excessif en France, et les nombres donnent le vertige.
Leur travail repose sur un modèle de micro-simulation, une sorte de France miniature reconstituée sur ordinateur. Ils ont modélisé le parcours de 18,6 millions d’adolescents nés entre 1990 et 2012 et suivis jusqu’en 2022, en croisant 95 paramètres, des habitudes sur les plateformes aux facteurs de risque plus classiques. De quoi isoler ce que les réseaux ajoutent vraiment par-dessus le reste.
Le résultat, c’est 590 000 cas supplémentaires de dépression attribuables à un usage trop lourd. L’étude va plus loin et parle de 799 décès par suicide en plus, de 137 000 années de vie en bonne santé perdues et d’une addition sociale et économique estimée à près de 3,94 milliards d’euros. Pour donner une idée du terrain, le temps passé devant un écran tournait déjà autour de 2h12 par jour chez les ados en 2021.
Ce qui inquiète surtout, c’est la pente. La dépression touchait 2 % des adolescents français en 2014, elle en concernait 9 % en 2021, avec les filles en première ligne. Difficile de tout mettre sur le dos de TikTok ou d’Instagram, mais la corrélation est trop nette pour qu’on la balaie.
Pour creuser le sujet, le neuroscientifique de l’Inserm Michel Desmurget passe en revue les études sur les écrans et les enfants dans un essai devenu une référence.
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Une étude canadienne publiée presque en même temps va dans le même sens. En suivant plus de 58 000 jeunes de 12 à 18 ans, ses auteurs calculent qu’une heure d’écran quotidienne en plus fait grimper d’environ 15 % le risque de dépression modérée à sévère, et de 12 à 13 % celui de l’anxiété.
Côté solutions, les chercheurs français ne jouent pas les prophètes et restent très terre à terre. Limiter l’usage à une heure par jour, troquer une demi-heure de scroll contre un peu d’activité physique, ou couper complètement pour les plus fragiles. Rien de révolutionnaire, mais au moins des repères concrets.
Ça tombe en plein débat sur l’interdiction des réseaux avant 15 ans, que le gouvernement pousse encore. Avec des chiffres pareils sous le coude, l’argument va être difficile à ignorer.
Crédit photo : Illustration générée par IA
