Wikipédia voit son public fondre, et pour une fois le coupable n'est pas un concurrent classique mais les assistants qui répondent à votre place. La fondation Wikimedia, qui gère l'encyclopédie, a mesuré une baisse d'environ 8 % des visites humaines sur un an. De moins en moins de gens cliquent vraiment sur les articles.

La raison est simple. Quand vous demandez une date, une biographie ou la capitale d'un pays à ChatGPT, à Google ou à n'importe quel moteur qui colle un résumé tout en haut des résultats, la réponse sort toute cuite. Or ce résumé est très souvent pompé sur Wikipédia. Vous obtenez l'info, mais vous ne passez plus par la case encyclopédie. Près de six recherches Google sur dix se terminent maintenant sans le moindre clic vers un site extérieur.

Wikimedia a aussi fait le ménage dans ses propres chiffres. En affinant sa détection des robots au printemps, la fondation s'est aperçue qu'une partie du trafic qu'elle croyait humain venait en réalité de bots, dont une grosse vague partie du Brésil, qui se faisaient passer pour de vrais visiteurs. Une fois ces faux lecteurs retirés du compteur, la chute apparaît bien plus nette.

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Le vrai souci, c'est le cercle vicieux. Moins de visiteurs, ça veut dire moins de bénévoles pour corriger et enrichir les articles, et moins de donateurs pour payer les serveurs. Comme le résume Marshall Miller, un des responsables produit, Wikipédia est le seul site de cette taille à tenir des règles de vérifiabilité, de neutralité et de transparence. Si la source se tarit, ce sont les IA elles-mêmes qui finiront par manquer de matière fraîche, puisqu'elles se nourrissent précisément de ce travail.

Du coup, la fondation ne reste pas les bras croisés. Elle veut imposer un cadre d'attribution clair, pour que les plateformes disent noir sur blanc d'où vient l'information qu'elles recrachent. Elle compte aussi faire respecter ses règles d'accès aux gros aspirateurs de données, histoire que les entreprises d'IA passent par la porte officielle et payante plutôt que de tout siphonner gratuitement.

Et puis Wikimedia tente carrément d'aller chercher le public là où il traîne maintenant. Des tests de contenu sont prévus sur YouTube et TikTok, pour attraper les plus jeunes qui ne tapent plus jamais wikipedia.org dans leur barre d'adresse. Une encyclopédie découpée en vidéos verticales de trente secondes, on a hâte de voir ça. Bon courage, en tous cas.

Crédit photo : Wikimedia Foundation