Le moteur de recherche DuckDuckGo, qui s’est bâti une réputation sur la promesse de ne pas pister ses utilisateurs, a pris une décision qui ne laisse personne indifférent. Son patron, Gabriel Weinberg, a annoncé que le service allait déclasser dans ses résultats les sites associés à la propagande russe, ceux qui diffusent des informations déformées ou carrément fausses sur le conflit en Ukraine. Une mesure qui vise en première ligne des médias d’État comme RT et Sputnik, déjà dans le viseur de nombreuses autorités.
Concrètement, déclasser ne veut pas dire effacer. Les sites concernés ne disparaissent pas des résultats, mais ils sont relégués plus bas dans la liste, là où la plupart des internautes ne vont jamais regarder. En complément, DuckDuckGo a prévu d’ajouter des encarts d’information autour des recherches liées à la guerre, afin de mettre en avant des sources jugées fiables et d’aider les utilisateurs à se repérer dans un flot d’informations contradictoires. L’objectif affiché est de limiter la visibilité de contenus trompeurs sur un sujet brûlant.
Cette initiative ne sortait pas de nulle part. Elle s’inscrivait dans un mouvement plus large où plusieurs géants du web ont pris des mesures comparables dans la foulée de l’invasion. Microsoft avait déjà ajusté son moteur Bing, et des plateformes comme YouTube, Twitter, Facebook ou encore TikTok avaient annoncé restreindre la portée des médias d’État russes. DuckDuckGo rejoignait donc un front commun, en apparence cohérent avec l’idée de lutter contre la manipulation de l’information en temps de guerre.
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Sauf que pour DuckDuckGo, l’affaire était bien plus délicate que pour les autres. Tout le positionnement du moteur repose en effet sur une promesse de neutralité et de non-manipulation des résultats, justement censée le différencier des mastodontes du secteur. En décidant activement de remonter certains sites et d’en faire descendre d’autres, le service s’exposait à une contradiction frontale avec son propre discours. Beaucoup d’utilisateurs étaient venus chez lui précisément pour éviter ce genre de tri éditorial.
La réaction d’une partie de la communauté ne s’est pas fait attendre, et elle fut vive. Des utilisateurs ont accusé le moteur de censurer et de manipuler ses résultats, lui reprochant de trahir l’engagement qui faisait toute son identité. Pour ces critiques, peu importe la cause défendue : à partir du moment où un moteur décide de hiérarchiser l’information selon ses propres critères, il devient un acteur partial comme les autres, et la confiance s’effrite.
Cet épisode illustre parfaitement le dilemme dans lequel se trouvent les plateformes face à la désinformation. D’un côté, laisser circuler librement de fausses informations en temps de crise pose un vrai problème de responsabilité. De l’autre, décider à la place de l’utilisateur ce qui est fiable ou non revient à endosser un rôle d’arbitre que beaucoup leur contestent. DuckDuckGo s’est retrouvé pris en tenaille entre ces deux impératifs, et son cas montre qu’il n’existe sans doute aucune solution capable de satisfaire tout le monde sur ce terrain miné.
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