On confie de plus en plus de choses à ChatGPT, parfois des pensées qu’on ne dirait à personne. Un procès qui vient de se tenir aux États-Unis rappelle que ces échanges ne disparaissent pas dans le vide : ils peuvent ressortir devant un tribunal.
L’affaire concerne l’incendie de Pacific Palisades, qui a fait douze morts et détruit plus de 6 000 bâtiments près de Los Angeles début 2025. Un ancien chauffeur Uber de 29 ans était accusé d’avoir déclenché le départ de feu. Pour bâtir leur dossier, les procureurs fédéraux ne se sont pas contentés des relevés téléphoniques et de la vidéosurveillance. Ils ont aussi exploité ses conversations avec ChatGPT.
L’homme s’en servait plusieurs fois par semaine, un peu comme d’un journal intime. Les enquêteurs y ont trouvé des questions personnelles, dont un « pourquoi suis-je tout le temps en colère ? », ainsi que des messages hostiles envers les plus riches. Quelques mois avant l’incendie, il avait aussi demandé au chatbot de générer une image représentant une forêt en flammes et une foule fuyant des personnes fortunées.
Détail qui pèse sur le débat autour de l’IA : la juge a interdit que ces images générées soient montrées aux jurés. Seuls les textes des conversations ont été versés au dossier.
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Le procès ne s’est pas conclu par un verdict. Le jury est resté bloqué, dix voix pour l’acquittement contre deux pour la condamnation, ce qui a entraîné l’annulation. Un nouveau procès est prévu le 19 octobre 2026, l’accusé restant détenu d’ici là. Fait notable, un juré a reconnu avoir lui-même ce type d’échanges intimes avec un chatbot.
Au-delà du fond, l’affaire illustre une réalité que beaucoup d’internautes ignorent. Les conversations avec un assistant comme ChatGPT sont conservées sur des serveurs et peuvent, sous certaines conditions, être réclamées par la justice. OpenAI a d’ailleurs précisé l’an dernier que les comptes grand public n’offrent pas de confidentialité juridique comparable au secret médical ou à celui d’un avocat.
Concrètement, parler à une IA n’a rien d’une discussion privée. Le ton du dialogue donne l’impression d’un confident, mais l’historique reste stocké, exploitable et transmissible. À mesure que ces outils s’installent dans le quotidien, la frontière entre une pensée passagère et une trace numérique exploitable devient de plus en plus mince.
Crédit photo : Illustration générée par IA
