Une application de partage de photos qui a fait le choix de ne pas avoir de fil algorithmique vient de lever 12,3 millions de dollars. Yope, basée à Londres, monte ainsi à 20 millions levés au total, avec Northzone en chef de file, le fonds scandinave déjà présent au capital de Spotify et de Klarna, accompagné d’Inovo, Redseed et Geek Ventures.
Le fonctionnement est d’une simplicité désarmante. Vous prenez une photo, elle part chez une poignée de proches, et elle atterrit directement sur leur écran verrouillé. Aucun flux à faire défiler, aucune recommandation, aucun compte public : les profils sont privés par défaut et l’application ne cherche pas une seconde à vous exposer à des inconnus. Yope parle de micro-communautés pour désigner ce que tout le monde appelle un groupe d’amis ou une famille.
Les chiffres expliquent l’appétit des investisseurs. Près de 15 millions de comptes créés, entre 10 et 20 millions de photos, vidéos et stickers échangés chaque semaine, et surtout plus d’un utilisateur sur deux qui ouvre l’application au moins cinq jours par semaine. Ce dernier chiffre est énorme. Détail plus étonnant encore, environ un utilisateur actif sur cinq a invité un membre plus âgé de sa famille, ce qui n’est pas franchement le réflexe habituel d’une appli estampillée génération Z.
Pour envoyer vos photos à vos proches sans passer par le moindre réseau social, le cadre connecté reste la solution la plus simple.
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Le modèle économique tient sur un abonnement premium destiné aux plus assidus. Pas de publicité, donc pas de ciblage, donc pas de collecte de données à revendre à des annonceurs. L’équipe, trente-cinq personnes, doit ouvrir un bureau aux États-Unis et ajouter des mini-jeux dopés à l’IA dans les semaines qui viennent. Le slogan maison, don’t perform just yope, résume plutôt bien la promesse : arrêtez de jouer un rôle.
On a déjà entendu cette chanson. BeReal vendait exactement le même contre-programme au fil infini avant de se faire racheter par Voodoo et de se remplir de publicité. Une application sans pub qui grossit finit toujours par devoir choisir entre la fidélité à son discours et la patience de ses actionnaires, et l’histoire récente du secteur ne plaide pas vraiment pour le discours. Yope a au moins le mérite de poser l’abonnement sur la table tout de suite, plutôt que de repousser la question à plus tard.
Quinze millions d’inscrits, cela ne pèse évidemment rien face aux milliards de comptes de Facebook ou d’Instagram. Mais c’est déjà la preuve qu’une partie du public en a assez de parler à la cantonade, et qu’un réseau social peut grandir sans vendre une seule ligne de données.
Crédit photo : Yope
