Instagram déploie une nouvelle façon d’envoyer des photos, baptisée Shots, et le principe tient en une phrase : vous prenez un cliché, vous l’expédiez à un contact, il le regarde une fois, et hop, l’image s’évapore. Aucun filtre, aucune retouche, rien. On appuie, on partage.
Le truc, c’est que Shots ne fonctionne qu’entre abonnés réciproques. Il faut que la personne vous suive et que vous la suiviez en retour. Pas moyen d’arroser des inconnus, donc, ni de balancer une photo à quelqu’un qui ne vous a jamais accordé un follow. Instagram cadre volontairement l’échange sur le cercle proche.
Côté destinataire, la mécanique rappelle furieusement Snapchat. Une seule ouverture, puis la photo disparaît pour de bon. Impossible d’y revenir, impossible de la rouvrir. L’expéditeur, lui, garde une trace : ses Shots envoyés atterrissent dans une archive privée où il peut les revoir, les télécharger ou les supprimer. Et détail qui compte, personne d’autre ne peut voir à qui vous avez envoyé quoi.
L’idée derrière tout ça n’a rien de mystérieux. Le fil public d’Instagram est devenu un concours de mise en scène, où chaque photo doit être calibrée, filtrée, validée avant d’oser exister. Shots vise l’inverse. Du brut, du spontané, la photo un peu ratée du quotidien qu’on envoie à deux ou trois potes sans réfléchir. C’est exactement le terrain que Snapchat occupe depuis dix ans, et que BeReal avait secoué en 2022 avec sa double photo à heure fixe.
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Instagram ne cache d’ailleurs pas ses inspirations. La fonction s’appuie sur les restes de Candid, une expérimentation qui copiait BeReal de façon plus frontale, et sur le succès des Notes, ces petits statuts textuels qui ont relancé la messagerie directe dans l’application. Shots n’était jusqu’ici accessible qu’à quelques régions en test. Meta vient d’élargir le déploiement, sans préciser la liste des pays ni le calendrier français.
Et comme rien ne se perd chez les géants du social, TikTok teste de son côté une fonction quasi identique, PhotoSwap. Deux plateformes, la même course vers l’intime, le même pari : nous faire poster plus souvent en baissant la pression esthétique.
Reste une question toute bête. A-t-on vraiment besoin d’un énième canal pour s’envoyer des photos, alors qu’on a déjà les messages privés, WhatsApp, Snapchat et les SMS du téléphone ? Instagram parie que oui. On verra bien si les utilisateurs suivent.
Crédit photo : Instagram
