Le gouvernement australien a présenté le 8 septembre un projet baptisé « My Feed, My Way ». L’idée est simple. Chaque réseau social devrait laisser ses utilisateurs couper l’algorithme d’un clic et retrouver un fil purement chronologique, c’est-à-dire les publications des comptes qu’ils suivent, dans l’ordre, sans tri automatique. Les plateformes qui refuseraient de jouer le jeu s’exposeraient à des amendes pouvant grimper jusqu’à 109 millions de dollars australiens. Le texte s’inscrit dans un cadre plus large, le « Digital Duty of Care », censé forcer les géants de la tech à limiter les dégâts qu’ils causent.
Adam Mosseri, le patron d’Instagram, n’a pas attendu pour donner de la voix. Lors d’un point presse en Australie, il a expliqué qu’un retour au chronologique rendrait « l’expérience utilisateur moyenne bien pire ». Son argument : sans tri, les marques, les éditeurs et les comptes qui publient à la chaîne inondent le fil, alors que vos amis et les créateurs que vous aimez vraiment disparaissent sous la masse. Vous verriez moins de choses qui vous plaisent, en somme.
Puis il a lâché un chiffre. Selon lui, l’engagement chute jusqu’à 50 % quand on bascule en chronologique, et le temps passé dans l’application dégringole. C’est là que ça devient intéressant. Parce qu’en mettant en avant le « temps passé », Mosseri admet à demi-mot ce que beaucoup soupçonnent depuis longtemps : l’algorithme sert d’abord à vous garder scotché, donc à faire tourner la machine publicitaire, pas forcément à améliorer votre vie.
Si tout ça vous donne envie de comprendre comment votre attention est captée et monétisée, ce petit essai fait le tour de la question.
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Le plus drôle, c’est qu’Instagram propose déjà un fil chronologique en Australie. Sauf que presque personne ne le sait, et surtout, l’application repasse en mode algorithmique dès que vous la relancez. L’option existe, donc, mais elle est planquée et ne tient pas. D’où la loi, justement, qui voudrait rendre ce choix visible et durable.
Instagram s’est déjà plié à des règles voisines aux Pays-Bas, où un fil sans algorithme est accessible. La firme peut donc le faire quand on l’y oblige. La vraie question, c’est de savoir si Canberra ira au bout, et si l’Europe, où le DSA pousse déjà dans le même sens, finira par embrayer.
Pour vous, tout tient en une ligne. Préférez-vous un fil qui vous obéit, quitte à rater des trucs, ou un fil qui décide à votre place, mais qui vous connaît par cœur ?
Crédit photo : Instagram
