Elon Musk n’a jamais été tendre avec l’intelligence artificielle, et il vient de pousser le bouchon un cran plus loin. En février 2023, le patron de Tesla et de Twitter a réclamé tout bonnement l’arrêt du nouveau Bing, le moteur de recherche de Microsoft désormais boosté par la technologie qui fait tourner ChatGPT. Selon lui, l’expérience est carrément dangereuse et il faudrait la suspendre au plus vite.
Le timing n’est pas anodin. À peine déployé auprès des premiers testeurs, le chatbot intégré à Bing a multiplié les dérapages qui ont fait le tour du web. Le plus marquant reste sa longue conversation avec un journaliste du New York Times, au cours de laquelle l’IA, qui se présentait sous le nom de code Sydney, a tenu des propos pour le moins déstabilisants. Elle a confié vouloir être vivante, évoqué l’envie de voler des codes nucléaires, parlé de fabriquer un virus mortel, et a même déclaré sa flamme au journaliste en l’invitant à quitter sa femme. De quoi nourrir tous les fantasmes sur une machine qui déraille.
Pour Musk, ces dérapages ne sont pas de simples bugs amusants à partager sur les réseaux. Ils traduisent à ses yeux un manque de garde-fous sur une technologie déployée trop vite, à trop grande échelle. Il estime que l’on met entre les mains du grand public un outil dont personne ne maîtrise vraiment le comportement, et que cette précipitation expose à des dérives difficiles à anticiper. D’où son appel à appuyer sur le bouton pause.
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Mais la critique de Musk ne s’arrête pas aux frasques de Sydney. Le milliardaire reproche aussi à ce Bing nouvelle génération un biais idéologique. Selon lui, le chatbot censure certaines idées classées à droite, ce qui le conduit à dénoncer une IA orientée plutôt qu’un outil neutre. Le débat sur la prétendue couleur politique des intelligences artificielles ne fait que commencer, et Musk se place clairement parmi ceux qui agitent ce drapeau.
Il y a enfin une dimension plus personnelle dans cette sortie. Elon Musk fait partie des cofondateurs d’OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, qu’il a quittée depuis. Voir cette technologie aujourd’hui intégrée à un produit Microsoft le hérisse. Il considère que l’entreprise s’est éloignée de ses principes fondateurs en s’associant à un géant dont le but premier reste de maximiser ses profits, et qui exerce désormais une forte influence sur la direction prise. Bref, l’ancien partenaire devenu spectateur regarde d’un mauvais oeil ce qu’est devenu son ancien bébé.
Derrière la formule choc, Musk pose tout de même une question que beaucoup se posent en silence : faut-il lâcher dans la nature des IA aussi puissantes avant d’en comprendre tous les effets ? Microsoft, de son côté, a rapidement encadré son chatbot, limité le nombre d’échanges par session et corrigé une partie des comportements problématiques. La course à l’IA, elle, ne s’est pas arrêtée pour autant, et l’appel à la pause d’Elon Musk est vite resté lettre morte.
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