On parle à peine de la 5G partout que la 6G arrive déjà dans les conversations diplomatiques. Le 26 février 2024, dix pays ont signé une déclaration commune pour poser des principes partagés autour du développement de cette future norme de réseau mobile. La France en fait partie.
Aux côtés de Paris, on retrouve les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni et la République tchèque. Une dizaine de signataires, donc, qui ne représentent pas la planète entière mais pèsent lourd dans la tech et les télécoms.
Le texte ne fixe pas de spécifications techniques. Il s’agit plutôt d’une déclaration d’intention, une sorte de cadre moral pour orienter les futurs travaux. L’idée est de bâtir une connectivité décrite comme ouverte, libre, mondiale, interopérable, fiable, résiliente et sécurisée.
Concrètement, la déclaration s’articule autour de six grands principes. D’abord, des technologies qui ne fragilisent pas la sécurité nationale. Ensuite, une approche systématique de la cybersécurité, de la résilience et de la protection de la vie privée.
Les signataires veulent aussi des standards internationaux élaborés par consensus, avec une vraie implication de l’industrie. Ils insistent sur l’innovation ouverte et l’interopérabilité, pour que des produits venus de fournisseurs différents fonctionnent bien ensemble.
Les deux derniers principes touchent au déploiement et à la production. On parle d’un réseau accessible, durable et économe en énergie, censé profiter aussi aux pays en développement. Et d’une production compétitive et résiliente, pour soutenir un marché mondial sain.
Derrière ces grandes phrases, il y a surtout un absent qui pèse lourd : la Chine. Pékin n’a pas signé, alors que le pays est un leader mondial des télécoms. Difficile de ne pas y voir un prolongement des tensions de l’ère 5G, quand Huawei avait été écarté de plusieurs marchés occidentaux pour des soupçons d’espionnage.
La Chine n’a pourtant pas attendu cette déclaration pour avancer. Le pays a lancé dès 2020 un satellite expérimental dédié à la 6G et affiche un taux d’adoption de la 5G très élevé sur son territoire. Cette déclaration ressemble donc autant à une feuille de route technologique qu’à un positionnement géopolitique.
Sur le papier, la 6G promet des débits encore supérieurs, une latence quasi nulle et des usages comme les transports intelligents, l’Internet des objets ou la réalité virtuelle et augmentée. Rien de tout ça n’est encore figé, puisque la norme n’est même pas finalisée.
Les premiers déploiements commerciaux ne sont pas attendus avant la fin de la décennie. En attendant, signer ce genre de texte permet surtout de s’assurer une place dans les discussions qui définiront, plus tard, qui contrôle l’infrastructure réseau de demain.
Pour la France, l’enjeu est clair : ne pas se retrouver simple spectatrice d’un standard pensé ailleurs, comme cela a pu être le cas par le passé.
Crédit photo : DR
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