On le sentait venir, mais voir le chiffre noir sur blanc fait toujours son petit effet. Selon une étude du cabinet eMarketer, plus de 3 milliards d’internautes regardent désormais de la vidéo sur le web chaque mois. Concrètement, ça veut dire que les trois quarts des personnes connectées à Internet passent par une plateforme vidéo, et que quatre habitants de la planète sur dix consomment du streaming ou des contenus hébergés en ligne au moins une fois par mois. La vidéo n’est plus un usage parmi d’autres, c’est devenu le réflexe par défaut.
La progression est régulière et elle ne donne aucun signe d’essoufflement. On comptait 2,78 milliards de spectateurs en 2019, puis 3,1 milliards l’année suivante. Les projections d’eMarketer tablaient sur une hausse de 5 % entre 2020 et 2021, puis sur des augmentations un peu plus modestes les années suivantes, autour de 3 à 4 %. Le rythme ralentit forcément, parce qu’à un moment une bonne partie de la population connectée a déjà basculé vers la vidéo. Il reste surtout à conquérir les zones où l’accès à Internet se développe encore.
Plusieurs facteurs expliquent cette explosion. La généralisation du smartphone a mis un écran vidéo dans la poche de tout le monde, et l’amélioration des réseaux mobiles a rendu le visionnage fluide même loin du wifi. Les plateformes ont fait le reste en peaufinant leurs algorithmes de recommandation, ces moteurs qui enchaînent les contenus sans jamais laisser le doigt au repos. On ouvre une appli pour une vidéo, on en regarde quinze sans s’en rendre compte.
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Cette bascule pèse lourd dans l’économie du web. Les annonceurs suivent les audiences, et les audiences sont devant des vidéos. La publicité vidéo capte une part toujours plus grosse des budgets marketing, ce qui pousse les plateformes à privilégier les formats les plus regardables, donc les plus monétisables. Les formats courts et verticaux ont d’ailleurs tout raflé sur leur passage, en s’adaptant parfaitement à un usage mobile et compulsif.
Reste une question rarement posée derrière ces chiffres triomphants : que regarde-t-on vraiment, et pendant combien de temps. Multiplier les spectateurs ne dit rien de la qualité de ce qui circule, ni du temps grignoté sur tout le reste. La vidéo en ligne a gagné la bataille de l’attention, c’est entendu. Le débat se déplace maintenant vers ce qu’on fait de cette attention captée à l’échelle de milliards de personnes. Et là, les statistiques restent étonnamment silencieuses.
Illustration generee par IA
