Le rachat de Twitter par Elon Musk pour 44 milliards de dollars n’a pas mis longtemps à faire réagir l’Europe. À peine l’opération bouclée fin octobre 2022, le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton a publié un message resté célèbre, glissant que sur le Vieux Continent, l’oiseau volerait selon les règles européennes. Une manière polie mais ferme de rappeler au nouveau patron du réseau social qu’il ne fait pas la pluie et le beau temps partout sur la planète.
Derrière la formule, il y a un texte bien concret : le Digital Services Act, ou règlement sur les services numériques. Adopté par l’Union européenne, il doit entrer en application courant 2023 et vise précisément les très grandes plateformes. Toute entreprise dépassant les 45 millions d’utilisateurs sur le territoire européen devra mettre en place des systèmes de modération sérieux, capables de retirer les contenus considérés comme illégaux par les autorités. Twitter coche évidemment toutes les cases.
Or, Elon Musk a fait campagne sur un thème précis : il se présente comme un défenseur absolu de la liberté d’expression et promet d’alléger la modération qu’il juge trop pesante. Le problème, c’est que cette philosophie entre frontalement en collision avec l’approche européenne, qui considère que la liberté d’expression s’arrête là où commencent les contenus illicites, le harcèlement ou la désinformation organisée. Deux visions du réseau social, deux continents, et un bras de fer qui s’annonce.
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Thierry Breton n’a pas joué la carte de la menace voilée. Dans ses prises de parole, il a clairement indiqué que l’Europe ne ferait preuve d’aucune complaisance si Twitter ne respectait pas le DSA. Il est même allé plus loin en évoquant la possibilité, en dernier recours, d’une interdiction pure et simple de la plateforme sur le sol européen. On parle là d’un marché de plusieurs centaines de millions d’habitants, ce qui n’a rien d’anecdotique pour une entreprise qui vit de ses revenus publicitaires.
Pour Musk, l’équation est compliquée. Il rachète Twitter en promettant moins de censure, licencie une partie des équipes, dont des personnes chargées justement de la sécurité et de la modération, et se retrouve dans le même temps sommé de renforcer ces dispositifs en Europe. Réduire les coûts tout en musclant la conformité réglementaire, c’est tirer dans deux directions opposées en même temps.
Le bras de fer dépasse largement le cas Twitter. L’Union européenne entend se poser en pionnière de la régulation des géants du numérique, et elle compte se servir de cette acquisition très médiatisée comme d’un test grandeur nature. Si Bruxelles parvient à imposer ses règles à un personnage aussi imprévisible qu’Elon Musk, le message envoyé aux autres plateformes sera limpide. À l’inverse, un recul européen affaiblirait tout l’édifice du DSA avant même son application. La suite de l’histoire dira qui, de l’entrepreneur ou du régulateur, fixe vraiment les limites.
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