TikTok vient de perdre un pays entier. Depuis le 15 novembre 2023, l’application chinoise de vidéos courtes est purement et simplement interdite au Népal. Les fournisseurs d’accès à Internet du pays ont reçu l’ordre de bloquer tout accès, du jour au lendemain. Pour les utilisateurs, le réseau s’est éteint d’un coup.
Le gouvernement népalais n’a pas multiplié les explications. Il a invoqué des perturbations de l’harmonie sociale comme motif principal de cette décision surprise. Rekha Sharma, la ministre des Communications et des Technologies de l’information, a précisé que la mesure visait à protéger l’harmonie sociale, la structure familiale et les relations au sein des foyers. En clair, les autorités estiment que l’application abîme le tissu social du pays.
Derrière ce vocabulaire un peu vague se cache aussi une réalité plus concrète : la cybercriminalité. Le gouvernement met en avant plus de 1 600 affaires liées à l’usage de TikTok recensées au cours des quatre dernières années. Arnaques, contenus problématiques, dérives en tout genre : l’application est pointée du doigt comme un terrain propice aux abus. De quoi nourrir le discours officiel sur la nécessité de couper court.
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Le problème, c’est que tracer la frontière entre régulation et censure n’a rien d’évident. Protéger les utilisateurs des escroqueries est un objectif louable. Interdire purement et simplement une plateforme entière au nom de l’harmonie sociale, c’est une autre histoire, et ça pose forcément la question de la liberté d’expression. Quand un État décide seul de ce qui est bon pour le lien familial, la ligne devient floue.
Pour les habitants, en tout cas, le changement est brutal. Le Népal comptait environ 2,2 millions d’utilisateurs de TikTok, qui se retrouvent du jour au lendemain coupés de l’application. Créateurs, petits commerçants qui s’en servaient pour se faire connaître, simples curieux : tout ce monde doit désormais faire sans.
Le Népal n’est pas le premier pays à se méfier de TikTok, et il ne sera sûrement pas le dernier. Mais passer du contrôle à l’interdiction totale marque un cran supplémentaire. Reste à voir si la mesure tiendra dans le temps, ou si la pression des utilisateurs finira par rebattre les cartes. Sur ce terrain, les revirements sont fréquents.
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