La Commission européenne vient de poser un mot officiel sur ce que beaucoup ressentent depuis des années sans oser le dire. Le 10 juillet, au terme d’une enquête de deux ans, elle a rendu des conclusions préliminaires: le design de Facebook et d’Instagram enfreint le règlement sur les services numériques, ce fameux DSA qui encadre les grandes plateformes en Europe.
Ce qui est visé, ce ne sont pas les contenus, mais la mécanique. Le défilement infini, la lecture automatique des vidéos, les notifications qui vous rappellent sans arrêt à l’ordre, et surtout ces recommandations ultra-personnalisées qui décident à votre place de ce que vous allez regarder ensuite. Bruxelles parle d’un pilotage automatique dans lequel on glisse sans vraiment s’en rendre compte, et qui pousse à consommer toujours plus.
Le point sensible, c’est les mineurs. Les enquêteurs estiment que Meta a sous-estimé l’effet de ces fonctions sur les adolescents et les adultes fragiles. Ils pointent des données ignorées sur l’usage nocturne des ados, et une optimisation des Reels et des Stories taillée pour rendre l’usage compulsif.
Les garde-fous existants ne convainquent pas la Commission. Les outils de gestion du temps destinés aux jeunes se contournent en deux secondes, et le contrôle parental ne fonctionne vraiment que pour les parents déjà à l’aise avec la technique. Autrement dit, pas grand-chose pour la plupart des familles.
Sur les effets des écrans, surtout chez les plus jeunes, ce livre du neuroscientifique Michel Desmurget fait référence.
La fabrique du crétin digital, M. Desmurget → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission, a résumé la position d’une phrase: protéger la santé physique et mentale des Européens doit être une priorité. Derrière la formule, la menace est bien réelle. Si l’infraction est confirmée, Meta risque une amende pouvant grimper jusqu’à 6% de son chiffre d’affaires mondial annuel, soit plus de onze milliards d’euros au vu des comptes de l’an dernier.
Et ça ne s’arrête pas à l’argent. Pour se mettre en règle, Meta devrait couper la lecture automatique et le défilement infini par défaut, imposer de vraies pauses écran, et revoir ses algorithmes pour arrêter de tout optimiser autour du temps passé. Bref, démonter une partie de ce qui fait tourner la machine à attention.
Rien n’est encore définitif. Meta peut consulter le dossier et répondre par écrit avant que Bruxelles ne tranche pour de bon, et l’entreprise conteste déjà l’analyse. Pour une fois, le débat sur les réseaux qui accrochent ne se joue plus dans les colonnes d’un journal, mais dans une procédure qui peut coûter très cher.
Crédit photo : Wikimedia Commons
