La Commission européenne vient de rendre ses conclusions préliminaires sur Meta, et elle ne s’attaque ni à un contenu, ni à un post problématique, ni même à un algorithme précis. Elle s’attaque à la façon dont les applications sont construites.
Pour Bruxelles, le design de Facebook et d’Instagram est contraire au DSA, le règlement européen sur les services numériques. Sont visés le défilement infini qui recharge tout seul tant que votre pouce glisse, la lecture automatique qui enchaîne la vidéo suivante avant que vous ayez décidé quoi que ce soit, les notifications qui vous ramènent dans l’application, et des recommandations calibrées pour vous garder le plus longtemps possible.
Mis bout à bout, tout ce bordel mettrait en danger le bien-être physique et mental des utilisateurs, en particulier des mineurs. Et surtout, la Commission estime que Meta n’a jamais évalué sérieusement ce risque, alors que le DSA l’y oblige.
Meta a bien quelques garde-fous. Les comptes ado existent depuis deux ans, avec un blocage nocturne des notifications et une limite d’écran autour du quart d’heure quotidien. Sauf que la limite se désactive en deux tapotements, et que le contrôle parental est une usine à gaz que personne ne configure jusqu’au bout. Bruxelles n’y croit pas une seconde.
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Ce qui est demandé est autrement plus lourd. La Commission veut voir l’autoplay et le scroll infini désactivés par défaut, de vraies pauses écran qui interrompent vraiment, et des systèmes de recommandation qui ne courent plus uniquement après le temps passé. Autrement dit, on ne parle pas d’un réglage supplémentaire caché dans un sous-menu, on parle de démonter les mécaniques qui font tourner la boutique.
Meta peut évidemment répondre avant la décision finale, et l’entreprise a déjà sorti sa ligne de défense : l’addiction aux réseaux sociaux ne serait pas une pathologie reconnue par la science. C’est une position confortable, mais elle risque de peser léger face à une Commission qui a ouvert cette enquête en mai 2024 et qui vient d’aligner ses griefs noir sur blanc. Si les conclusions sont confirmées, l’amende peut grimper jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial, quelque chose comme douze milliards de dollars.
L’argent n’est pourtant pas le vrai sujet. Le vrai sujet, c’est le pouvoir qu’a Bruxelles d’imposer des changements de produit, pour environ deux milliards d’utilisateurs européens et au-delà. Un fil Instagram qui s’arrête tout seul au bout de quelques minutes, ce n’est plus vraiment Instagram.
Crédit photo : Illustration générée par IA
