22 juin 2026
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Une démonstration truquée rattrape Hao Li, figure du deepfake

Hao Li n’est pas un inconnu dans le petit monde des effets spéciaux et de l’intelligence artificielle. Ce chercheur d’origine allemande a contribué à des films à gros budget comme Fast and Furious 7 ou Blade Runner 2049, fondé en 2015 l’entreprise Pinscreen, et travaillé à l’université de Californie du Sud, l’USC, entre 2013 et 2020. Une figure respectée du deepfake, longtemps présentée comme un pionnier du visage numérique. Sauf qu’une vieille démonstration vient de le rattraper, et l’affaire ternit sérieusement sa réputation.

Au coeur du dossier, une présentation faite en 2017 lors de la conférence SIGGRAPH, grand rendez-vous mondial de l’imagerie de synthèse. Ce jour-là, l’équipe de Hao Li montre un logiciel capable de générer des images de visages en temps réel, sous les yeux du public. Le problème, c’est que la prouesse n’en était pas une : selon les conclusions de l’enquête, les images présentées comme créées en direct avaient en réalité été préparées à l’avance. Le logiciel était tout simplement incapable de produire ces résultats sur le moment. Une mise en scène, donc, mais vendue comme une démonstration live.

L’alerte est venue de l’intérieur. Iman Sadeghi, ancien vice-président de Pinscreen, a déposé des plaintes auprès de l’USC et de l’Association for Computing Machinery, l’ACM, l’organisation de référence du secteur informatique. Sadeghi affirme avoir été licencié en août 2017 après avoir soulevé ces problèmes en interne, puis avoir engagé une action en justice en 2018. Il a fallu plusieurs années avant que l’affaire n’aboutisse, mais le verdict a fini par tomber.

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En janvier 2023, le comité d’éthique de l’ACM a rendu ses conclusions, sans ménagement. Selon l’organisation, la présentation faisait passer à tort des images pré-générées pour des créations dynamiques, et ce fait aurait dû être clairement annoncé au public. Pire, le problème ne se limitait pas à la scène : il s’étendait aussi à l’article publié dans la revue ACM Transactions on Graphics, l’une des publications les plus sérieuses du domaine. Autrement dit, la tromperie ne tenait pas seulement du spectacle, elle était aussi inscrite dans la littérature scientifique.

Les conséquences sont à la hauteur de la faute. Deux articles scientifiques vont être retirés, ce qui revient à les effacer du dossier académique. Hao Li et ses coauteurs se voient par ailleurs interdits de publication chez l’ACM pendant cinq ans, une sanction lourde dans un milieu où publier reste le nerf de la guerre. Les chercheurs concernés devront en plus rédiger des lettres d’excuses adressées aux organisateurs de SIGGRAPH.

Au-delà du cas personnel, cette affaire pose une question plus large sur la course à l’effet d’annonce dans le domaine de l’IA. Entre la pression médiatique, les levées de fonds et la compétition entre laboratoires, la tentation d’embellir une démonstration peut être forte. Le rappel à l’ordre infligé à l’un des noms les plus visibles du deepfake sonne comme un avertissement : derrière les images bluffantes, la rigueur scientifique reste censée garder le dernier mot.

Crédit photo : DR

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