Il y a des premières fois que l’on aurait préféré éviter. Amazon vient d’entrer dans les livres d’histoire de la finance pour une raison peu enviable : le géant du commerce en ligne est devenu la toute première entreprise cotée en Bourse à voir sa valeur fondre de plus de mille milliards de dollars. Un seuil symbolique jamais atteint auparavant, qui résume à lui seul l’ampleur de la dégringolade vécue par les valeurs technologiques.
Pour mesurer la chute, il faut remonter à l’été 2021. À l’époque, Amazon culminait à près de 1 880 milliards de dollars de capitalisation boursière, porté par une pandémie qui avait dopé le commerce en ligne comme jamais. Confinés chez eux, des millions de clients commandaient tout et n’importe quoi sur la plateforme, et les investisseurs misaient gros sur la poursuite de cette frénésie. Un an et demi plus tard, le réveil est brutal : en novembre 2022, l’entreprise est repassée sous la barre des 879 milliards de dollars. Plus de mille milliards partis en fumée.
Plusieurs facteurs se sont conjugués pour provoquer cet effondrement. Le premier, c’est le retournement général du secteur technologique. Toute l’année 2022, les valeurs de la tech ont souffert, plombées par la hausse des taux d’intérêt et le retour de l’inflation, qui rendent les paris sur la croissance future bien moins séduisants pour les marchés. Le deuxième, c’est la peur d’une récession, qui a refroidi l’appétit des investisseurs pour les actions jugées risquées.
À cela s’ajoute un phénomène plus spécifique à Amazon. Avec la réouverture des économies, les consommateurs sont retournés en magasin et ont levé le pied sur leurs achats en ligne. La croissance vertigineuse de la période pandémique s’est normalisée, laissant l’entreprise avec des entrepôts surdimensionnés et des coûts qu’elle a dû tailler à la hache, allant jusqu’à supprimer des milliers de postes.
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Amazon n’est pas seul dans la tourmente, loin de là. À elles cinq, les plus grandes entreprises technologiques américaines auraient perdu environ 4 000 milliards de dollars de valeur sur l’année 2022. Le cas le plus spectaculaire reste Meta, la maison mère de Facebook, dont la capitalisation s’est écroulée d’environ 1 000 milliards de dollars à 285 milliards, victime de ses paris coûteux sur le métavers. Microsoft, plus solide, a tout de même reculé de 2 500 à environ 1 780 milliards.
Faut-il pour autant enterrer Amazon ? Certainement pas. L’entreprise reste un mastodonte du commerce mondial, et son activité de services dans le nuage, AWS, demeure une machine à cash redoutablement rentable. Une chute en Bourse ne dit pas tout de la santé réelle d’une société, elle reflète surtout l’humeur changeante des investisseurs et les excès de la période précédente.
Ce record peu glorieux rappelle quand même une vérité que les marchés oublient régulièrement : aucune valeur, aussi puissante soit-elle, ne monte indéfiniment. Après l’euphorie pandémique, la facture de la redescente s’est révélée particulièrement salée.
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